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tour du bresil en direct !
carnet de voyage en 80 jours et ao vivo !

Suite à notre voyage, nous avons répertorié dans ce carnet toutes les recettes que nous avons récoltées, photos à l'appui pour la plus grande majorité d'entre elles.
Nous les classerons par région. Nous commençons une partie du Nordeste.
NOTE: il nous est impossible de répondre à la majorité des commentaires laissés car aucune adresse mail ne nous est laissé dans  le corps du commentaire. Merci d'y penser !

Nous nous sommes rencontrés il y a 3 ans grâce à la capoeira. Nous avions tous deux un rêve : faire un grand voyage au Brésil. Aujourd'hui, notre histoire commune nous permet de réaliser ce souhait.

Nous faisons partager ce carnet de voyage en direct à nos familles, nos amis, aux amoureux du Brésil qui désirent, eux aussi, parcourir ses terres.
Nous mettons dans ce blog toutes les infos, contacts et prix pêchés depuis les préparatifs jusqu'au séjour sur place.

                                                                                                              

Notre départ remonte au 30 juin et notre retour au 14 septembre 2006.
 
Virginie & Simon


Mercredi 17 janvier 2007
Emission radio
Sur France Inter, "allô la planète" - mardi 16 janvier 2007




Le lundi 15 janvier, lors de l'émission "Allô la planète", une jeune fille, Maëwen, lance une bouteille à la mer : qui pourrait lui parler de Natal, grande ville du Brésil, où elle part prochainement effectuer un stage pendant 4 mois?
Anneka, l'une des organisatrices de l'émission présentée par Eric LANGE, nous contacte de toute urgence le jour même de l'émission, afin de nous demander d'y participer. En effet, cette dernière est tombée par hasard sur notre blog et l'a mis en lien sur le site de France Inter et nous demande de raconter notre expédition en quelques minutes.  
Avec Simon, nous acceptons bien évidemment de participer à cette émission. Cela nous amuse toujours énormément de parler de notre voyage.
Nous nous sommes biien amusée, même si les quelques minutes avant l'émission nous avons bien stréssé...
Nous sommes cependant déçus qu'Eric LANGE n'aie pas fait participer Simon, assis à mes côtés, à la conversation. En effet, juste avant l'émission, Anneka nous a dit que j'allais commencer à parler seule avec le présentateur, que Simon interviendrait ensuite, mais les 5 minutes sont passées à la vitesse de la lumière et moi seule aie pû participer...
Mais de coeur, nous y étions tous les deux !

Si vous souhaitez (ré)-écoutez l'émission, voici le lien:

http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/allolaplanete/index.php




Magazine
Géo Magazine, décembre 2006



En décembre 2006, grâce aux statistiques de notre blog, nous nous apercevons qu'un nombre important de visiteurs provient du site du magazine Géo. En cliquant sur le lien, nous découvrons que le célèbre magazine a posté notre blog en lien de ses carnets de voyages.
Nous les remercions. Petit échange bien agréable de mails avec la rédaction du magazine !


http://www.geomagazine.fr/contenu_editorial/pages/entre_voyageurs/carnets_de_voyage/carnets_select.php?code=29&start=50


Par Virginie et Simon - Publié dans : tour.du.bresil
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Jeudi 14 septembre 2006

Le "voyage de notre vie"
Bilan






















Virginie et Simon à Alter do Chaõ. Amazonie.


Après plus de 900 jours d'économie financière, nous avons pris 14 fois l'avion, effectué 66 heures de bateau et 46 heures de bus. Au total nous avons parcouru 25 460 kilomètres sous le fameux soleil brésilien.

Nous emportons avec nous le bonheur de ces 80 jours, les découvertes merveilleuses que nous avons faites et les expériences uniques qui nous rempliront de joie, certainement, pour toute la vie.





















Bâteaux amazoniens à Santarêm.


Si c’était à refaire, nous le referions, même la tarentule et la chaleur d'Amazonie n’auront pas eu raison de notre témérité, hé oui ! Nous réduirions toutefois notre séjour à Salvador de Bahia à 3 ou 4 jours et non 15. Et nous rallongerions notre séjour dans la région de Saõ Luis, le Maranhaõ.

















Un toucan dans la forêt amazonienne.


Le Brésil est un pays fabuleux mais où nous passons du paradis à l’enfer en quelques secondes. Le Nordeste a été trop touristique à notre goût et du même coup moins passionnant que le reste du pays. Si vous le pouvez, aventurez vous au-delà du Nordeste, ça en vaut le détour. Les eaux turquoises aux cocotiers il n'y en a pas tant que ça finalement, de la musique dans les rues et de la capoeira, il y en a partout, et le Brésil recèle de tant d’autres merveilles insoupçonnées !

 













Tiradentes dans le Minas Gerais.


Nous emportons tout au fond de nous la gentillesse et la bonne humeur incontestables des cariocas et des mineiros. La douceur de vivre « montagnarde » idyllique de Tiradentes. La générosité incroyable de notre guide indien Leandro dans la forêt amazonienne. Les odeurs enivrantes de fruits, d’épices, et de plantes des marchés de Bélem.






















Le Ver-O-Peso à Bélem.


La couleur exceptionnelle des lagons de Porto de Galinhas. Les poissons multicolores se dandinant pour venir nous saluer. La chaleur de baignoire des piscines naturelles de Praia do Forte.





















Porto de Galinhas dans le Pernambuco, non loin de Recife.


Notre cours de Maracatù des plus vibrants et notre auberge de jeunesse des plus sympathiques d’Olinda. Notre pousada des plus splendides à Santa Teresa à Rio. Nos mémorables siestes dans les hamacs. Et tous les animaux, aussi beaux ou horribles soient-ils, qui ont ravi ou effrayé nos cœurs d’enfants.

 













Les Lençois Maranheses près de Saõ Luis.


Nous n’oublierons jamais au grand jamais, notre émotion lorsque nous avons vu le fleuve Amazone depuis l’avion, dessinant sa longue et sinueuse course dans une forêt à perte d’horizon. Notre difficulté à reprendre notre souffle devant la splendeur surnaturelle des Lençois Maranheses, dans l’arrière pays de Saõ Luis. Et les nombreux dauphins virevoltant autour de nous de manière si complice à Fernando de Noronha.
 

 













Fernando de Noronha.


Ce « voyage de notre vie » fût, en un mot, magique.























Le Jardin Botanique de Rio de Janeiro.




FIN DU VOYAGE.


Par Virginie et Simon - Publié dans : tour.du.bresil
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Mercredi 13 septembre 2006

Salvador de Bahia

Départ pour la France

 

















Aguà de coco. Salvador de Bahia.

Une fois de plus, nous sommes réveillée par Vanià qui n’a pas pu s’empêcher de venir nous dire au revoir. Elle nous avait déjà téléphoné hier soir pour les adieux, on lui avait dit qu’il y avait un sac avec des petits présents pour ses enfants. Alors, elle était curieuse... normal !

Elle est un peu surprise de constater qu’il s’agit d’affaire d’écoles, de cahiers, de stylos, des crayons de couleurs, de feutres et de gomme (on avait demandé une liste à Cidinha). Une triste moue laisse finalement place à un certain contentement. Je lui fais comprendre en plaisantant qu’elle n’a plus de raison de ne pas envoyer ses enfants à l’école… elle promet qu’ils iront TOUS à l’école à la rentrée de février. Ce cadeau, ça la laisse un peu sans voix pendant 1/2 heure. Et pour que Vanià reste sans voix, il en faut beaucoup ! Bon, ça nous donne bonne conscience sans plus mais après tout, qui sait...
 

 














Hôtel de Salvador. Lieu de conférences politiques du PT.


Vers 8h30, nous accompagnons Cidinha à une conférence politique au sujet de Lula à laquelle elle est conviée. Hier soir, elle nous a confié son rêve le plus cher qui la fait mourir de rire elle-même : être ministre de l’environnement sous le gouvernement du PT (Parti des Travailleurs, parti même de Lula).

Nous n’entrons pas avec elle bien évidemment, mais le lieu est à voir : c’est un hôtel à deux étages, avec piscine à l’eau de mer, et téléphérique ( !) entre la partie haute et la partie basse de l’hôtel. La misère n'est pas pour tout le monde ici.
Une fois plus, alors que nous arrivons au bord de la piscine en plein air, il se met à pleuvoir.

Nous prenons un expresso au bar, puis en voyant le ciel plombé au-dessus de nos têtes, nous rentrons chez Cidinha.



















Hôtel de Salvador. Lieu de conférences politiques du PT.


Bahia de Tous les Saints, dit la célèbre expression, mais après 2 semaines dans cette ville, comment peut-on imaginer un seul instant qu’un seul Saint existe ou n’aie pu exister ici ?

Nous savons d'avance que, lorsque nos copains ou autres personnes vont lire nos récits sur Salvador, nous allons nous faire fustiger. Pour ceux qui ne nous connaissent pas, nous allons nous faire taxer de "riches qui n'ont rien compris" et on nous prêtera certainement des propos et des conclusions qui ne sont pas les nôtres. Pour ceux qui nous connaissent, on nous dira tout et rien parce qu'en France actuellement, ce n'est pas dans l'air du temps de ne pas aimer la ville de Salvador, ni de refuser "la misère".
Mais tant pis, c'est comme ça à l'heure d'aujourd'hui, c'est ce qu'on ressent très clairement. Encore une fois, nous savons que beaucoup d'autres personnes ont ressentis les mêmes émotions au sujet de leur passage dans cette ville mais ne le disent pas aussi clairement, parce qu'encore une fois, ils pensent s'être trompés sur leurs ressentis vus que tout le monde ne dit que du bien du Salvador et rêve d'y aller. Mais nous n'étions pas venus chercher dans cette ville ce que nous n'aimons pas de certains aspects de notre pays : la misère morale où seul une paire de lunettes ou une fringue quelconque de marques "chers" donnent l'illusion de la "richesse" et le sourire celle du bonheur.





















Salvador de Bahia.


Néanmoins, on insiste sur un point : ce ne sont que nos impressions et rien d'autres et elles ne valent pas plus que les émotions ou les pensées de vous qui êtes peut-être en train de nous lire et qui partez demain pour Salvador.

Nous savons qu'un jour nous y retournerons, ne serait que pour revoir Cidinha et Vanià, et ce sera avec grand intérêt que nous relirons nos propres lignes.

 

Le voyage Salvador / Lisbonne / Paris s’effectue tranquillement et rapidement. La douane décortique tous les vivres que nous avons rapportés. Heureusement qu’ils étaient tous emballés sous-vides et les bouteilles stickés, sinon, c’était confisqué !

Pour couronner notre voyage, nos passeports se sont "égarés" dans l’aéroport de Lisbonne. Boh…

Nos compagnons de voyages, tous brésiliens, nous disent tous : "mais pourquoi êtes vous restés à Salvador, la région est tellement plus belle, plus intéressante ! Moi j'habite Itacaré c'est super, et moi j'habite un village qui s'appelle Machin Chose c'est comme ça !!!!".
Ils partent faire des études dans divers pays d’Europe : l’Allemagne, la Suède… La dame brésilienne de derrière écoute nos conversations et participe parfois d'un ton joyeux ! On discute, on rigole, on joue aux cartes pour tuer le temps…
Et bien sûr la question fatidique : « c’est comment la neige ? ».

 















Salvador de Bahia.

A Orly notre chauffeur de taxi nous demande d’où on vient. On lui raconte. Il est père d’un élève de capoeira d’un groupe de Paris. Le monde est petit ! Du coup, on discute à bâtons rompus car ce père suit de très près la « carrière » du fiston de 15 ans ! On ne veut pas le décourager mais nous lui disons quand même que Salvador, où son fils rêve d’aller bien sûr, n’est pas une ville des plus sécurisantes. Malgré tout, chaque expérience reste unique, et même si effectivement le nombre de dépouillement à Salvador ou de Rio de Janeiro bat certainement des records mondiaux, il ne faut pas pour autant ne pas y aller. Mais un conseil pour les capoeiristes : n’y allez pas sans adresses de profs et de cours de capoeira avec le nom de quelqu’un de qui vous recommander. Sinon sortez les dollars et rangez les appareils photos !


 














Cidinha avec son "esclave" : son ordinateur !!!



Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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Mardi 12 septembre 2006

 

Salvador de Bahia

Visite de Salvador, préparation du retour en France

 















Le lac aux Orixas. Salvador de Bahia.


Eurêka, aujourd’hui, il y a du soleil ! Si c’est pas trop tôt, pour notre dernier jour !!!

Cidinha m’emmène jusqu’au stand de coco de Marco Polo, qui fait aussi guide touristique avec son super vieux buggy de 23 ans. Simon refuse de faire une quelconque action touristique et préfère rester tranquillement à la maison pour commencer les bagages du retour. Il ne veut plus être touriste. Je le comprends. Ce n'est pas une situation viable sur la durée, selon nous.














Intérieur du buggy de Marco Polo.

Cidinha me raconte alors que ce week-end, une de ses collègues qui faisait un jogging sur l'esplanade en bordure de route s’est faite agressée dans le même coin que nous que nous. Comme quoi, touriste ou pas, ils ne font pas dans la distinction ! Avec Cidinha, nous prenons un petit déjeuner de jus de fruits frais pour moi, et un croque-monsieur à la « maionese et catechupe » pour elle. Puis elle part travailler.

 

Direction Salvador en buggy. Manque de bol, dès la première photo, mon vieil appareil tombe définitivement en rade. L’obturateur ne fonctionne plus. Nous voici donc avec Marco Polo à la recherche d’un appareil photo jetable. Aucun photographe n’en a ! Au bout d’un long moment, je finis par en trouver un  !

 





















Intérieur du buggy de Marco Polo. Une relique !

Nous longeons les plages, remontons jusqu’au lac des Orixas (les Saints de la religion Candomblé) au cœur de la ville. Nous faisons un grand tour par la partie basse, en passant par les divers ports, touristiques ou commerciaux, remontons les avenues qui longent les favelas de Salvador… c’est réellement impressionnant.
Nous entrons dans les 1ères rues de l’une d’elle. Je suis muette car Marco Polo ne m’avait pas du tout dit qu’on viendrait ici mais visiblement, tout le monde le connaît. On me regarde comme une bête spéciale dans la cage d’un zoo, normale, faut dire que c'est quand même bien le cas, mais je ne ressens aucune animosité. Cette favela ressemble en fait à beaucoup de rues de Salvador. C’est infiniment délabré, avec quelques personnes assises, la joue plongée dans la paume de la main, qui attendent que le temps passe. Il n'y a pas de grande joie dans tout ce que je vois, et malgré tous les dires que malgré la misère les gens de ces quartiers sont "heureux", j'ai beau écarquiller les yeux, je ne ressens rien de ce "bonheur".











Salvador de Bahia. La Baie de Tous les Saints.

 

Que répondre à Marco Polo qui ne cesse de me dire et de me démontrer, le sourire aux lèvres, que le Brésil est le pays le plus merveilleux du monde et que Salvador en est son joyau ? Je les envie quelque part d’être aussi fiers de leur pays, de leur ville, sans recul et sans critique aucune. De vivre avec le sourire en chantant" de toute façon ce sera toujours comme ça le Brésil !". Je ne leur souhaite pas d'être comme nous, ce n'est pas ce que je veux dire en disant ça, mais juste que plus de gens de ce pays possède naturellement et non "commercialement" dans les boutiques de touristes ce sourire et ce bonheur qu'on connaît des brésiliens des autres régions et villes du Brésil.

Marco Polo me dit que les touristes ne vont jamais dans ce genre d’endroits, et selon lui c’est un tord. Salvador, c’est pas seulement le Pelourinho me dit-il et les concerts, c’est aussi 75% ce qu’on vient de voir en quelques petites minutes à peine. Il en vient, et il m'en parle... Je retrouve les récits de ce que certains Brésiliens que nous connaissons en France, issus des mêmes milieux nous racontent.















Avenue de riches maisons de l'époque coloniale. Quatier du port des Yacht.
Salvador de Bahia.
 

Il me dit, comme pour les excuser : « tu comprends pourquoi il y a autant de voleurs ? »

Virginie : « non, je ne comprends pas. Penses-tu que ceux qui volent, volent pour manger ? ».

Marco Polo, sans vraiment répondre : « je suis bien d’accord avec toi, mais ici, les gens n’ont pas conscience qu’il faut aller à l’école, alors ils ne sont pas éduqués et ils volent sans scrupules. »

Et il me parle, comme l’ont fait Cidinha et Vanusa, du problème de la scolarisation au Brésil.

 

Nous longeons une avenue essentiellement habitée par des carrossiers qui vendent des pièces détachées de voiture. Une avenue à perte de vue, avec pour toute devanture, de la tôle empilée. Je crois comprendre qu’on peut trouver toute sorte de marchandise ici également…

Puis nous atteignons le point ultime de Salvador, un petit port de voiliers et de yachts. L’avenue est composée de grandes maisons anciennes, jadis construites par les Portugais.

 











Le port de plaisance. Salvador de Bahia.


Nous longeons le tour de la baie puis arrivons enfin à « l’Igreja do Bomfim », fameuse église do Bomfim célébrée dans une chanson de capoeira, mais qui doit surtout son succès à une fête ancestrale qui se déroule en janvier. C’est l’occasion de sortir sa robe blanche bahianaise à froufrous, son berimbau et son chaudron d’huile pour la cuisson des acarajés. Dés ma sortie du buggy, ici encore, des tas de mecs me sautent dessus avec des bracelets souvenirs à vendre. Je dis à Marco Polo que j’en ai déjà acheté et qu’il le leur dise. Je ne veux plus engager la conversation en portugais. En 2 mots, c’est chose faite et je reste tranquille pour visiter ce lieu.

 











Salvador de Bahia.


Nous longeons de nouveau la Baie de Tous les Saints avant de monter par une ladeira jusque la ville haute. Nous nous arrêtons dans le quartier du couvent do Carmo et des magnifiques rues aux maisons coloniales qui l’avoisinent. Dommage que samedi dernier ce musée que nous souhaitions visiter soit fermé.

 

Nous descendons vers le quartier du Pelourinho. Impossible de trouver une place pour se garer à l’entrée des rues piétonnes. Je pars seule, et je remonte les allées d’un pas ferme pour ne pas me laisser envahir par les vendeurs ambulants de bracelets et de colliers. Je croise un couple de français d’une soixantaine d’années dont le type commence sérieusement à s’énerver contre l’un d’eux. Impossible de savoir pour le quel des 2 j'ai le plus de peine. Mais c’est terrible de constater que rien ne les arrête ni ne les énerve en fait.  Pas même la conscience de l'autre.

 














Salvador de Bahia.


Mais comment leur interdire de vendre pour vivre si ce n’est qu’en interdisant tous ces petits boulots ? Ce serait sûrement une hécatombe. J’insiste sur un point : je crois vraiment que si nous n’étions venus qu’ici à Salvador, sans comparaison avec aucune autre ville et en étant frais et dispo, sans accumulation de fatigue, nous aurions pris cela un peu plus à la légère pendant tout notre séjour. A l’heure d’aujourd’hui, c’est impossible. Et puis, cela rassure tellement les consciences de se dire pendant quelques petites semaines de vacances : les Brésiliens de Salvador sourient, mêmes les pauvres des favelas, en fait tout le monde est heureux ici ! Quelle foutaise de croire que derrière un sourire se cache systématiquement le bonheur. 

Le plus beau des sourires peut cacher la plus grande des détresses. Si on proposait à tous ces sourires une vie plus décente ?
On nous répète sans cesse qu'on s'habitue à vivre  au milieu des favelas.  On peut aussi choisir de refuser de s'habituer. Ce refus signifiierai beaucoup de chose.
 

 
















Igreja do Bonfim. Salvador de Bahia.


Je file direct de l’autre côté du quartier du Pelourinho chez le disquaire où nous avions mis des CD de côtés. La fille, sympa, discute encore un peu avec moi de musique et des CD de chanteurs anciens qu'on avait choisi (qu’elle avait toujours de côté !), me souhaite plein de bonnes choses… Nous n’avons jamais acheté autant de CD de notre vie en une seule fois que dans ce pays. Et pourtant, ce sont presque les mêmes prix qu’en France (entre 33 et 45 R$, soit entre 12 et 20 euros), sauf quand vous les trouvez en copies. Essayons d’éviter…

 

















Cabine téléphonique. Marco Polo.


Je refais un petit tour en repensant au premier jour de notre arrivée épique dans ce quartier. Je me rends compte que Simon comme moi ni pensons déjà plus. Je me dis que nous avions tellement rêvé de Salvador, par les photos du Pelourinho, par les cours de capoeira, l’histoire de la région de Bahia et je regarde l’ensemble, là maintenant, sans émotions aucune. Il n’y a pas de vie « normale » ici. Je ne trouve pas ma place, ni d'un côté comme de l'autre des classes sociales. J’ai envie de rentrer chez moi. Dans notre petit chez nous de 30 m2 au fin fond du 20ème arrondissement de Paris, d’être au calme, dans la pluie ou le gel peu m’importe avec des gens qui font la gueule dans le métro mais qui ont cette possibilité, ce choix de la faire quand ils le veulent et où ils le veulent… Oui, on relativise beaucoup de choses et on se met à reconsidérer ce que jusque là on détestait dans notre vie. Il faut quand même savoir qu'à Salvador non plus les gens ne sont pas éclatant de sourire au volant de leur voiture ni dans les transports en commun !
Pourquoi est-ce qu'on voudrait cela à tout prix de toute façon?
 

 











Quartier du Musée d'Art Sacré et du couvent. Salvador de Bahia.


Nous finissons la balade en Buggy au Mercado Modelo. Comment imaginer un seul instant faire des emplettes dans un lieu où tout est entre 2 à 6 fois le tarifs de tout ce que nous avons acheté jusqu’à présent. Une fois de plus, je constate qu’il n’y a pas vraiment un artisanat local comparé aux autres régions du Brésil tellement riche en la matière. Il y a les mêmes articles qu’ailleurs avec écrit dessus : Salvador. On avait lu dans le guide qui nous reste que Salvador que la région était réputée pour sa vannerie, ses tissus etc… nous avons attendu d’être ici pour nos derniers achats et il n’y a rien du tout qui vaille le coup.





















Quartier du Musée d'Art Sacré et du couvent. Salvador de Bahia.


Les Mercado que nous avons visité à Belo Horizonte, Manaus, Belém, Recife sont bien plusincroyables et authentiques, avec tous les gens du coin qui y viennent également, avec une vie chaque fois incroyable qui se déroule là sous nos yeux. Aucun d’entre eux n’est un vaste supermarché prohibitif pour touriste en mal de cocotiers comme ici, où tout est une fois plus biens scindé. Jadis, le Mercado Modelo était le lieu où l’on vendait et entassait les esclaves dans les bas-fonds pour les noyer à la marée montante. Il ne reste rien de ces vestiges, aucun témoignage de ce passé.  Je fais un tour rapide dans ce lieu et me dit qu'il est temps que je rentre car je ne voit rien d'autre dans cette ville qu'une ville de "toc", même si je sais pertinament que ce n'est pas vrai.  Pas complètement disons. J'ai envie d'être dans le Pernambuco, en Amazonie, dans le Minas, n'importe où, mais pas ici en fait. Je m'ennuie. Tout est faux... Je ne peux m'empêcher de repenser à tous ces voyages que nous avons rencontrer lors de notre voyage et qui étaient déjà passé par Salvador de Bahia. La plupart avaient été fortement déçu. Nous avions rejeté leurs propos disant que notre attachement à l'histoire et à la culture de cette région nous offrirait une approche différente.

Je sors du Mercado Modelo et j’attends donc pendant une 1/2 heure Marco Polo devant la roda de capoeira qui se déroule en face du Mercado Modelo.












Quartier du Musée d'Art Sacré et du couvent. Salvador de Bahia. 
Buggy de Marco Polo.


Une poignée de mecs ultra musclés s’agitent en acrobaties de tout genre. Il n’y a pas de roda, pas de jeu, juste 2-3 musiciens et des mecs qui font des acrobaties chacun leur tour sans jouer véritablement. Ils sont surtout à l’affût du moindre spectateur afin de leur demander de l’argent, exactement comme partout dans Salvador. A peine arrivée, l’un d’eux, un petit mec d’une cinquantaine d’année, d’une arrogance étonnante, me tend l’envers de son pandeiro (tambourin), où traînent quelques pièces de monnaie et un CD. Sans un sourire, sans un mot, il me fait signe, à la limite de l’ordre, pour que je mette de l’argent. Cela m’irrite. Je fais « non » de la tête sans plus jamais montrer que je parle leur langue et continue de regarder la roda de capoeira comme si de rien n’était. J’essaie de l’ignorer mais c’est difficile. Le petit mec reste devant moi et son visage se mue alors en un masque de mépris terrible. Cela me démange de lui dire « eh bé il est beau ton art de la capoeira, mec ! ». Mais Marco Polo n’est pas encore là et j’ai peur de m’en manger une !
 

 











Quartier du Pelourinho. Bahiannaises à Salvador de Bahia.


Le mec part alors vers mes voisins et récidive. C’est un couple de Français.

La fille française : « pfff, ça y est ça recommence, viens on s’en va.

Le mec français : non, moi je reste, on regarde et c’est tout ! On n’est pas obligé de donner après tout… ».

Impossible d’ignorer le petit mec capoeiriste tant il est lourd par son air arrogant.

La fille : « je ne les supporte plus ces mecs là, je me tire. »

Le mec français tire alors des sous de sa poche…

La fille : « je ne veux plus que tu donnes un centime à qui que ce soit… ».












Salvador de Bahia.


Mais son mec ne met que 10 centavos dans le pandeiro (4 cents d’euro). Le capoeiriste fait la moue car c’est super peu bien sûr. Cela me fait de la peine, je trouve la situation oppresante au possible, que ce soit dans l'attitude du Français ou celle du Brésilien. Le sourire amusé du français, qui fait le double de la taille du capoeiriste et qui ne cache en rien le plaisir qu’il éprouve dans cette situation, crispe encore plus le petit mec. Mais ce dernier retourne vers la roda sans rien dire.

La situation est moche et stérile, autant d’un côté que de l’autre. Mais personnellement, ça me soulage que ce Français aie eu cette attitude. Le plus triste, c’est que ce capoeiriste s’estime forcément victime alors que son attitude est la cause de tout.

 











Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.
Boutique d'instruments de musique pour capoeira.


C’est alors que 2 touristes brésiliennes, sans aucune discrétion, arrivent en s’exclamant des « ooohhh ! Ahhh !!! Waouuuuuu !!!! » et elles prennent et reprennent des photos de la roda. C’est foutu pour elles. Un autre capoeiriste et le petit mec arrogant leurs tombent aussitôt dessus, et ils leur disent que les photos sont interdites, qu’il faut payer pour chaque photo prise. Elles les ignorent et continuent. La guerre commence.

















Salvador de Bahia.
 

L’une d’elle dit : « je fais ce que je veux, ce n’est pas un show dans une salle ici ! ». Excédées, elles arrêtent et partent. Sans payer bien sûr. Mais les mecs les suivent jusque dans le mercado en râlant du plus fort qu’ils peuvent au sujet de cette "attitude scandaleurse". Les 2 brésiliennes finissent par céder et leur donnent une pièce, histoire que les 2 mecs les lâchent. Les 2 mecs reviennent vers la roda, fiers et heureux de leur victoire.  Même scène quelques sdecondes plus tard avec un type brésilien seul qui refuse de payer après quelques photos. mais cette fois, aucun des 2 capoeiristes ne le suit lorsqu'il part.  Etonnant. Allez comprendre...

 













Salvador de Bahia.


C’est alors que le rythme du jeu de capoeira ralentit. Un angoleiro (pratiquant de la capoeira traditionnelle dite « d’angola ») vêtu d’un treillis et d’un tee-shirt de camouflage de l’armée vient d’entrer en scène et par son jeu, il se met à castagner tout le monde. Puis il regarde le public l’air de dire : « t’a vu ce que c’est la capoeira ? ».  J'ai l'impression de revenir dans les rodas de profs en Europe, avec les éternelles rivalités entre les 2 styles de capoeira.

 

C’est ça l’image qu’ils souhaitent que les gens emportent avec eux de la capoeira ? Des acrobaties et des coups de pieds de rangers sur la tronche ?
 

 
















Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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Lundi 11 septembre 2006

  Salvador de Bahia

Cours de cuisine bahianaise

 
















Michela et Viviana. Salvador de Bahia.


8h00. Vanià tape à la porte de la chambre pour nous réveiller. On s’est couché un peu tard ou tôt, selon les points de vue, bé oui, le monde, ça ne se refait pas en 2 minute ! Vanià m’emmène à pas de loup vers la chambre de Cidinha qui est déjà au travail. Deux petites poupées de la couleur du soleil, avec leurs tresses en palmier partout sur la tête, me font un grand sourire timide.

Vanià, super fière : « ce sont mes filles !!! La petite de 3 ans c’est Michela et la grande de 7 ans c’est Viviana. »















Vanià sort toutes les courses qu’elle a faites pour le grand repas typiquement bahianais : le caruru. Le caruru est composé d’une multitude de plats différents. Ce genre de repas ne se trouve pas dans les restos, mais dans les fêtes de famille, les fêtes entre copains, bref, quand il y a du monde pour engloutir autant de plats. Vanià nous explique qu’en réalité, le caruru est le nom d’un plat à base de gombos, de lait de coco et de dendê, une huile de palme rouge vive au goût très particulier. Mais quand un bahianais vous dit « on va manger un caruru », c’est beaucoup plus profond que ça ! Vous avez droit au caruru, le plat, à la vatapà (une purée épaisse de noix de cajou, cacahuètes et crevettes séchées), à une moqueca de peixe (poisson cuit dans du lait de coco et du dendê), du riz, forcément, et des feijao (haricots secs) mélangés à toute sorte de condiments.

 
















Simon, Vanià, Michela et Viviana.
Le dendê dans la bouteille rouge et le lait de coco dans la bouteille blanche.


Nous commençons notre apprentissage à 10h00 du matin et nous le terminons à 16h00. Ça se mérite un caruru, vous savez ! C’est pas compliqué, mais quel savoir faire et quelle patience ! On ne va pas rentrer dans les détails ici, car nous avons décidé qu’après notre retour, nous ferions une page spécialement consacrée aux recettes que nous avons recueillies à travers le Brésil. On était venu avec l’ambition d’être mestre de capoeira on repart chef cuisto 15 étoiles finalement. Mine de rien, on en a un paquet de recettes maintenant.

Celle d’aujourd’hui, nous la nommerons : « caruru mode Vanià ». Elle en aurait pleuré quand on lui a dit ça !

C’est excellent, divin, mais ça sera notre seul et unique repas de la journée. Le mélange lait de coco et dendê, c’est pas vraiment ce qu’il y a de plus léger au monde.




























Michela. Salvador de Bahia.

Pendant que Vanià et Simon cuisinent, je m’occupe des petites qui sautent et grimpent partout, escalade en moins de 2 secondes la rambarde du balcon parce qu’elle voit leur beau-père travailler dans le jardin, effeuillent « délicatement » les plantes si précieuses de Cidinha, visitent et revisitent toutes les pièces de l’appartement. Les gamines se moquent éperdument de ce que je dis et de mes essais d’autoritarisme « On ne bouge plus, en rang, venez on lire une histoire, faire un dessin… ». Je n’ose plus dire à Vanià qu’il faut qu’elle intervienne, car je m’y suis essayée par 2 fois et les 2 fois, Vanià n’a pas cherché à comprendre quoi que ce soit et les petites se sont pris 2 fessées mémorables. Les petites ont pleuré tout leur saoul pendant 1/2 heure puis bien sûr, voyant que Vanià était de nouveau occupée, elles recommençaient aussitôt. Les seuls moments de répit est quand j’ai réussi à les faire dessiner et manger. Sinon, impossible de les faire se concentrer sur quoi que ce soit. La grande ne sait ni lire ni compter, la petite ne fait pas encore de dessin. Elles ne vont pas à l’école... (à 3 ans et 7 ans). Comment faire comprendre à Vanià qu’il est primordial qu’elle emmène ses filles à l’école tous les jours ? Elle nous dit qu’elles vont bientôt y aller, comme on dirait « tiens je vais m’acheter une laitue pour ce soir ». La nouvelle rentrée étant au Brésil en février. Espérons qu’elle fasse ce qu’elle dit.















Viviana.
Salvador de Bahia.

De son côté, Simon écoute Vanià qui explique de 10 manières différentes tout ce qu’elle prépare. Qui lui racontent plein d’histoires de sa vie liées à ces plats de famille ou à la vie bahianaise tout simplement.

Nous dégustons le délicieux caruru mode Vanià.

Puis nous allons digérer dans les jardins de l’immeuble là où il y a une aire de jeux pour les enfants. Au début, Vanià est très embêtée quand on lui propose de venir avec nous. Nous avons besoin de prendre l’air, ses filles aussi. Elle accepte à reculons. On comprend vite pourquoi.

 












Vatapa.


D’autres fillettes d’environ 6-7 ans sont en train de jouer dans l’aire de jeux elles aussi. En voyant les filles de Vanià, elles partent et reviennent avec leurs mères respectives qui interdisent aux fillettes de jouer tant que Viviana et Michela sont là. La situation est terrible. Les 2 femmes nous toisent haineusement, regardent Vanià avec un mépris emprunt d’un racisme palpable à vomir. Elles sont là sur le muret qui entoure l’aire de jeux, à attendre notre départ. Avec Simon et Vanià, nous nous asseyons sur un banc le temps que les fillettes jouent et vident leur plein d’énergie. C’est décidé, on ne partira pas de ce banc avant la tombée de la nuit vers 17h30. Vanià nous dit que c’est tout le temps comme ça. Au Brésil, les gens sont très racistes, d’un côté comme de l’autre. pas besoin de dessin. On l’aura compris.

 













Poisson au dendê.


Le lendemain, Cidinha m’expliquera que le problème était certainement bien plus un problème de hiérarchie que de couleur, car ces fillettes sont les filles d’un employé du condominio (qui travaille dans les jardins) et pour ces gens, « on ne joue pas avec les enfants des employés ». Je pense sincèrement que la couleur de peau y était pour beaucoup, car les fillettes ne pouvaient pas savoir de qui Viviana et Michela étaient les filles d’un employé vu qu’elles venaient ici pour la 1ère fois.


 












Haricots aux condiments du caruru.


Quelle horreur… Cela existe partout, c'est sûr mais à ce point... Surtout venant de gens d’une catégorie sociale moyenne. Mais Cidinha nous dit qu’au Brésil, cette classe moyenne, qui existe bien, est malheureusement souvent la pire. C’est celle qui se prend pour une « classe riche », pour « l’élite », dans le mauvais sens du terme.

Cidinha est issue elle aussi de la classe "pauvre".  Elle parle sûrement en connaîssance de cause.

 















Simon et Vanià à la cuisine.


Nous rentrons donc à l’appartement. Entre temps, Cidinha est rentrée du travail. Nous avions parlé avec Cidinha de : « est-ce qu’on donne de l’argent à Vanià pour cette journée qu’elle nous a consacrée ou non » ? Délicat, car pour Vanià, c’est un cadeau qu’elle nous fait. Et en même temps, elle a vraiment besoin d’argent. Nous avons une idée : le 12 octobre, ce sera son anniversaire, nous lui mettrons dans une enveloppe l’équivalent d’une journée de travail et nous lui écrirons une lettre en retour de la sienne.























Salvador de Bahia.

 

Lorsque Vanià ouvre l’enveloppe et qu’elle voit l’argent, comme prévu, elle ne le prend pas bien. Son visage se ferme en un instant et elle nous accuse du regard en disant « porqué » ?

On lui répond que c’est pour son anniversaire car on ne sera plus là. Alors là, elle éclate de joie ! On a tellement l’impression que ce n’est rien comparé à ce qu’elle a fait pour nous.

Vanià nous demande combien coûte un billet d’avion et dit à son compagnon, lorsqu’il vient la chercher le soir, qu’elle aimerait bien économiser pour un billet aller-retour juste pour elle. Le pauvre… apparemment il gagne 120 euros par mois, lesalaire minimum brésilien. Il commence à compter les années d’économie que ce serait pour lui et préfère en rire.

Mais quoiqu’il en soit, Vanià est décidée à venir « voir » la France.













Salvador de Bahia.







 

Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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Dimanche 10 septembre 2006


Salvador de Bahia

Vie quotidienne, discussions sur la politique et la disoarition du beriba (arbre utilisé pour la fabriction du berimbau)

 
















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


Le retour en ferry sur Salvador s’effectue bien difficilement. Tous les lanchas ont été annulés à cause du mauvais temps. Nous traversons l’île d’Itaparica en combi jusqu’à Bom Despacho et nous voici perdus de nouveaux dans une foule de centaines de personnes qui attendent l’unique malheureux ferry boat de la journée. Dans la région, contrairement aux autres régions, les gens sont stressés, ils poussent, veulent être les premiers. Il n’y a qu’en Amazonie à Marajo où Simon s’était fait mordre l’épaule par un type parce qu’il n’avançait pas assez vite dans la file d’attente.

 



















Restaurant Yémanja. Femme Bahianaise.

La vie en collectivité nous est vraiment de plus en plus pénible. Le ferry brinquebalant claque dans tous les sens. Deux femmes évangélistes ont la bonne idée de clamer des discours religieux terrifiants dans une effervescence à la limite de l’agressivité. Elles hurlent en lisant des textes, se proclament professeur de Dieu ou de Jésus selon les goûts. Et voici des dizaines de passagers qui se mettent à applaudir… au secours. Impossible d’y échapper tant la foule du bateau est dense. Il y a quand même pas mal de personnes agacés qui haussent les épaules, pouffent de rire et tentent d’échapper à ce malheureux discours composé de « quand on sera mort, dans notre résurrection… ». Autant d’énergie pour parler de l’après-mort au lieu de l’utiliser pour lutter à vivre décemment !

 



















Cidinha à droite et une amie.

Une heure à supporter ça. C’est épouvantable. Avec les portes en fer du bateau qui claquent sous les effets de la houle et du vent, les bébés qui pleurent, les enfants qui crient et ces 2 évangélistes qui tentent désespérément d’effrayer une pauvre foule de badeaux avec leur diable bon marché.

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.

Nous avons quitté Itaparica sous la pluie, nous arrivons à Salvador dans le soleil et apprenons qu’ici, il a fait presque tout le temps beau ces 3 derniers jours. Pas de chance…

Cidinha nous apprend qu’elle ne va pas pouvoir venir avec nous à Cachoeira et Sao Felix ce week-end à cause de son projet universitaire qu’elle n’a pas fini de rédiger et qu’elle doit rendre le lundi suivant. Pas de chance…

Nous retournons dans le Pelourinho pour échanger nos derniers travellers chèques dans visiblement le seul endroit possible de Salvador (aux dires de nos guides et des gens d’ici donc…). Avant de descendre du taxi, le chauffeur nous met en garde contre tous les dangers du quartier… pas de chance !!! On a presqu’envie d’en rire tellement cette ambiance oppressante est incroyable !






















Salvador de Bahia. Plage do Farol.

Au bureau de change, nous tombons sur un Français qui vit ici depuis 20 ans et qui nous raconte comment c’était alors : tickets pour la bouffe avec pour tout supermarché une étagère d’eau, une étagère de poulets et quand y’en a plus, y’en a plus !

Il dit que la ville s’est enrichie de manière extraordinaire. Cela nous laisse pantois.

Il nous raconte que lorsqu’il revenait de France il y a 20 ans, il était « riche ». Aujourd’hui, on est bien d’accord, c’est pratiquement pareil. A très peu de chose près.

Lui trouve normal que les cours de capoeira soient chers ici puisque c’est originaire de Salvador. On lui dit que les profs d’ici qui pratiquent la capoeira en France et qui en vivent, demandent moins chers qu’ici à Salvador. Il n’entend pas. Dommage. Il répond : « Ce sont des français là-bas, pas des profs brésiliens… ». Jorge et Branco français ? Ils seraient morts de rire s’ils entendaient ça.

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


Vendredi soir, Vanià revient chez Cidinha pour une raison X, sûrement bidon. Elle voulait nous revoir.  Mais là ce soir, on n’a pas trop envie de parler… mais elle nous suit et nous parle jusque dans la chambre… Est-ce que quelqu’un peut nous expliquer pourquoi tout le monde dans le Nordest n’est pas comme Cidinha, avec la conscience des Autres tout simplement ?
 

Vanià nous donne une lettre d’amitié des plus touchantes : « Je vous ai beaucoup aimé… c’était important pour moi de vous rencontrer… j’aime vos manières simples et sereines d’être vous mêmes… à part Cidinha, personne n’a jamais cherché à me parler comme à une personne, une amie… je ne suis malheureusement pas libre, mais si je pouvais, je voyagerais partout avec vous… ».

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


Le soir, des amis de Cidinha nous rejoignent à Salvador. Ils viennent du Minas Gerais et font plusieurs haltes jusque Fortalezza où ils déménagent. Ils y ont trouvé du travail. 3000 km en voiture effectués en une semaine pour un contrat à durée déterminée de 5 ans. Ce géologue de profession est fou de joie ; c’est la 1ère fois qu’il décroche un contrat si long. Et cela fait la 3ème ou 4ème fois qu’ils déménagent à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux pour travailler. Nous fêtons ça au fameux resto Yémanja, en bordure de l’océan. Un délice.

Le samedi, nous prenons le taxi jusqu’à la rodovarià pour prendre un bus jusque Cachoeira dans le Reconçavò. Deux heures de voyages encore épiques nous attendent. Simon n’en peut plus de ses voyages de fous. De redevenir un touriste 2 jours de plus, plus le trajet avec les bus fous et à cette idée, nous demandons au taxi de faire demi-tour. Pourquoi se prendre la tête à faire un truc dont on n’a pas envie ?
 

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


On a toute la vie pour revenir dans de meilleures dispositions… Simon ne se remet pas trop des turbulences verbales du ferry-boat de la veille ni de ses lectures dans le Lonely Planet : ne visitez pas Cachoeira sans guide touristique à cause des nombreux vols surtout dans les églises etc… ». On sait que ce guide n’est pas le plus délicat en la matière, mais depuis nos malheureux évènements, cela crée en nous une espèce de paranoïa proche de l’asphyxie.

Simon pense à tous ce qu’il va faire en rentrant à la maison. Son envie de redevenir un Etre du quotidien est plus forte que tout.

Il souhaite rester tranquillement chez Cidinha à bouquiner, écrire, cuisiner. De toute façon, il pleut encore.

















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


Avec Cidinha, nous allons à l’Université de Biologie pour qu’elle puisse récupérer des documents importants. A l’entrée, la voiture est fouillée par des vigiles. Idem à la sortie. Elle est obligée chaque fois de montrer sa carte de professeur. L’enceinte universitaire fédérale renferme en réalité plusieurs universités différentes, des banques, des restos. Celle de biologie est engloutie sous les plantes et la végétation tropicales.
Cidinha : « c’est ici même que je fais mes cours… dans ce fourbis de plantes à l’abandon. C’est ce qu’il y a de plus intéressant. J’adore cette odeur de feuilles mouillée par la pluie hummm… ».

C’est vrai que les odeurs végétales dans ce pays sont une chose extraordinaire. Unique. Certains vendeurs d’odeurs en Europe s’en sont bien inspirés, et nous reconnaissons souvent certaines notes de tel ou tel fabriquant. Mais ici, tout est en odeur nature !

Cdinha est en train d’imprimer des documents dans le bureau des profs lorsque 2 élèves arrivent sagement devant la porte du bureau.

Le garçon : « madame Cidinha, je peux vous demander une info ? ».



 












Salvador de Bahia. Plage do Farol.


Il tient une pile d’énorme feuilles d’arbres qui ressemblent à des orties mais dont l’odeur est proche de la verveine.

Cidinha : vas-y mon gamin, j’t’écoute, qu’est-ce qu’il y a mon gamin ?

Le garçon : j’ai la diarrhée depuis hier, j’ai fort mal au ventre, je peux me faire du thé avec ces feuilles pour me soigner ?

La fille avec lui : je pense que c’est avec cette plante que je me suis déjà soignée moi-même mais je ne suis pas certaine…

Cidinha : « montre voir ce que c’est… ».

Elle saisit une des feuilles et la tâte à pleine main, la renifle sous toutes les coutures puis la casse en 2 et la respire une dernière fois d’une aspiration sèche et nette. Le diagnostique fait, elle explique aux jeunes couples d’élèves que c’est une reproduction d’une autre plante et qu’ils ont confondu. A vrai dire, j’ai pas tout compris dans leurs histoire de plante et d’hybride.














 

Salvador de Bahia. Plage do Farol.

Cidinha : « il faut faire sortir tout ce qu’il y a à faire sortir de tes intestins et boire beaucoup beaucoup d’eau et de thé, vu ? Mais si dans 2 jours tu as encore la diarrhée, tu vas voir un médecin, vu ? ».

Le garçon et la fille : « d’accord madame Cidinha, vu. Merci madame Cidinha, à lundi ! »

En repartant dans la voiture, Cidinha m’explique que beaucoup d’élèves en biologie ont l’intention de pratiquer les médecines douces grâce aux plantes. Que la médecine est si cher et les médicaments tellement impossible à acheter, que tout le pays se rabat sur les plantes. Nous discutons de l’Amazonie, de ce que nous y avons vu et entendu.

Cidinha : « quelle chance vous avez d’avoir vu tout ça… j’en rêve. Je vais faire ce voyage un jour. »

 















Salade de crevettes bahianaises à la christophine.

Nous allons boire une aguà de coco sur la plage, puis comme la pluie recommence à tomber, nous partons visiter quelques appartements. Cidinha cherche à en acheter un. Le délabrement général de tout ce qu’elle visite la désole et la décourage un peu. A Salvador, pour un appartement correct dans un condominio, avec 1 chambre seulement, il faut compter 35.000 à 50.000 euros minimum. Pour le Brésil, ce n’est pas donné.

Les propriétaires de l’appartement que Cidinha doit visiter maintenant ne sont pas les propriétaires comme prétendus. Ils donnent rendez-vous à Cidinha à une station essence puis nous rejoignent en voiture et nous emmènent. C’est une agence immobilière en fait.

Virginie : « pourquoi ils font ça ? Que de temps perdu… c’est d’un compliqué…
















Un Acarajé hummmm...


Cidinha : m’en parle pas ma fille. A Salvador, tout est compliqué. Mais pas ailleurs au Brésil, pas à ce point. Tu comprends pourquoi il m’a fallu un an avant de m’adapter à cette ville de fous ? Tant que t’es touriste que tu vas à la plage et boire ton aguà de coco sans te poser trop de question, ça va, mais dés que tu sors de ça, c’est hyper stressant de vivre ici… A Paris, vous êtes des enfants de cœurs à côté de ça… Mais maintenant, j’aime bien. »

L’appartement est un rez-de-chaussée sombre et humide rempli de moustiques qui nous sautent dessus comme sur un steak bien frais. Il y a donc des barreaux aux fenêtres donnant sur une avenue à 3 voies… Cidinha leur dit avec une jolie diplomatie qui me fait sourire intérieurement que comme ils sont une agence immobilière, ils vont pouvoir maintenant se mettre à lui proposer vraiment ce qu’elle cherche.
 

 















Assiette d'acarajé.


Comme Simon a une envie irrésistible de cuisiner, nous allons au petit supermarché de la rue d’à côté qui est en fait le commencement de la « communauté » la plus proche, comme on dit ici.

 















Acarajé.

Nous traversons un défilé d’une cinquantaine de personnes portants courageusement leurs banderoles politiques sous la pluie et s’engouffrant de part et d’autres des favelas. Je demande à Cidinha ce que scandent et chantent les musiques lancées dans les rues du matin au soir depuis 2 semaines. Ce sont des sortes de lambadas répétitives qui passent en boucle, principalement les week-end. Cidinha ne sait pas. Elle non plus n’arrive pas à comprendre les paroles tant la musique est forte !
























Salvador de Bahia. Simon attaque une bien jolie salade!

Ce soir, c’est soirée Quiche Lorraine. Cidinha se régale, mais comme elle a encore un boulot fou, elle reste une bonne partie de la nuit sur son ordinateur, sn « esclave » comme elle dit. Nous en profitons pour faire le blog, discuter de notre vie à Paris qu’on aime et qu’on adore plus que jamais aujourd’hui. Cela fait quelque chose d’être dans une ville en se disant qu’heureusement on ne vivra jamais ici, qu’on aura jamais la vie de tous ces gens. Nos petites misères parisiennes concernant la petitesse des appart’ et la difficulté pour en trouver un, les problèmes de contrats de travail, les rémunérations, etc… tout ceci n’est rien comparé à la condition de vie des gens de ce pays. Nous avons souvent entendu dire par des Brésiliens en France : « on vit mieux au Brésil, la qualité de vie est bien meilleure etc… ». Financièrement, c’est à peu près sûr si on apporte nos sous de la France et qu’on a déjà un bon job en France. Mais est-ce cela une bonne qualité de vie ?















Salvador de Bahia. Plage do Farol.

Une bonne qualité de vie reste définitivement, à nos yeux, de vivre entouré de milliers de gens qui ont de quoi de manger tous les jours, sans la crainte perpétuelle d’être agressé dans sa voiture à un feu rouge à la tombée de la nuit, de pouvoir sortir dehors seul en pleine nuit pour une balade, de boire un verre dans un bar où les gens sont de toutes les couleurs sans ségrégation « naturelle ». La misère que l’on peut rencontrer dans le métro à Paris ou à la Soupe Populaire du cimetière du Père-Lachaise reste toute relative… Imaginez cela multiplié par 75% de la population de Paris. Même si aujourd’hui cela reste choquant, on ne peut souhaiter au Brésil que d’en arriver là un jour.

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


Le dimanche, nous allons à la plage. Faut en profiter car il fait beau ! Mais avec la pluie d’une semaine, impossible de se baigner, c’est trop froid. On reste au soleil à regarder le spectacle des machos locaux. La plage n’est pratiquement constituée que de groupes de mecs qui roulent des mécaniques avec le dernier short à la mode, les lunettes à la Starsky et Hutch, le rasage de cheveux savant. Et c’est ainsi que se déroulent sous nos yeux des roulades, des sauts périlleux, tout le long de la plage avec bien sûr le petit coup d’œil en arrière pour bien voir qui les regardent ou pas, les plongeons savants devant les filles qui se baladent en string… L’ambiance n’est pas aussi familiale que dans les autres villes. On ne peut pas dire que les touristes dénaturent le paysage, il n’y a pas grand monde à cette époque ! Mais cela vaut son pesant de cacahuètes et nous amuse beaucoup. Cidinha a le nez plongé dans les annonces immobilières du journal du dimanche et ne remarque pas tout ce cinéma. On constate avec Simon qu’il y a très peu de filles comparés aux mecs.
 

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


La marée monte à grands pas, les surfers s’agitent dans les énormes vagues. La plage est assez jolie. Nous finissons la journée, comme d’habitude, avec une aguà de coco de Marco Polo et une bonne crise de fou rire avec Cidinha qui met la musique de la radio disco à fond dans sa voiture en dansant comme une folle et en s’arrêtant au beau milieu des avenues pour dire aux autres conducteurs rouleurs de mécaniques qu’il ne savent pas conduire mais qu’elle leur pardonne !

Vanusa, une copine de Cidinha, prof de botanique, nous rejoint après son footing.

Vanusa : « Cidinha m’a dit que vous aviez fait une quiche Lorraine hier soir et qu’il en restait un bout. Je peux la goûter ? Déjà l’autre jour, pendant que vous étiez à Itaparica, il restait du risotto de crevettes que vous aviez fait et j’en n’avais jamais mangé de si bon ! ».

 















Salvador de Bahia. Plage do Farol.


On décide d’improviser une soirée crêpes… quel succès il a mon Simon à Moi avec toutes ces Brésiliennes qui n’en reviennent pas qu’un mec cuisine autant et aussi bien ! C’est incroyable à dire, mais il n’a jamais si bien réussi sa pâte à crêpes ! On s’en ferait des piqûres…

Une bonne bière là-dessus et nous revoilà tous reparti à refaire le monde et à discutailler politique et religion… c’est incroyable quand même le nombre de gens que nous rencontrons au Brésil qui malgré tout ne sont pas croyant…













Salvador de Bahia. Plage do Farol.

Vanusa nous parle de sa grand-mère, une adepte du candomblé, la religion d’origine africaine la plus célèbre de Bahia que Pierre Verger a tant photographiée. Elle nous raconte avec nostalgie les bains de plantes que sa grand-mère lui faisait prendre pour la purifier des esprits malfaisants lorsqu’elle avait mal au ventre ou à la tête et de tout ce qu’elle a découvert scientifiquement sur les propriétés en allant à l’université de biologie. Cidinha aimerait bien que Simon fasse une consultation de candomblé car elle ne veut pas qu’il rentre en France avec toutes ces images négatives et son angoisse.

Cidinha : « tu dois te libérer des ondes négatives qui se sont abattus sur toi ! »

Moi je suis bien d’accord avec Cidinha. Un bain de plantes qu’est-ce que ça coûte après tout ! Ce serait une expérience intéressante !

Mais Simon ne veut pas. Le candomblé, culturellement parlant, ça l’intéresse, mais de là à le pratiquer, « non sans façon ». Cidinha est déçue. Pour elle, cela marche super bien…






 









Salvador de Bahia. Plage do Farol.

Côté politique, la jeune femme du nom de Héloïse est véritablement au cœur de toutes les conversations que nous croisons depuis quelques semaines. C’est une jeune femme d’à peine plus de 30 ans, dissidente du parti de Lula pour l’avoir dénoncé dans ses corruptions, qui se présente comme future présidente. Cidinha pense qu’elle est trop radicale et parle trop « contre » la politique de Lula au lieu de proposer un programme, et qu’en tant que « chef » d’un gouvernement, il faut savoir tempérer les situations et réfléchir à chaque cas au lieu de n’agir que par grandes théories (on résume, car les discussions ont duré jusque tard dans la nuit).

Mais Vanusa pense qu’il n’y a qu’en étant aussi intransigeant et radical, qu’un président peut faire avancer les choses. Selon Vanusa, Lula s’occupe autant des pauvres que des riches, donne autant au laïque qu’au privé. Un président ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Héloïse veut effectuer des réformes agraires mondialement importantes qui sont pour elle l’Avenir du Brésil et du Monde en général. Et puis, c’est la 1ère fois qu’au Brésil une personne dénonce un président et des politiciens et prend de véritables risques… Cidinha et Vanusa sont toutes les deux d’accord sur ce point.

Bon, tout cela reste très vague pour nous. Mais Héloïse, avec ses cheveux longs frisés retenus par une petite barrette « Monoprix » sur le côté, et son débardeur blanc ou jaune selon ses passages à la télévision, nous laisse perplexe. C’est un peu leur Arlette nationale quoi ! C’est un peu quelqu’un comme ça qui nous manque en France. Histoire de fiche une vraie frousse à tout ces costumes 3 pièces qui jouent les rois dans nos républiques !


Dernière discussion, et les capoeiristes sont au coeur du problème, Cidinha nous parle d'une nouvelle recherche en biologie  sur laquelle elle va bosser avec l'université fédérale de Salavdor : la raréfécation du beriba. Le beriba est l'arbre utilisé pour la fabrication des berimbaus. Le berimbau est l'instrument de musique principal de la capoeira. Tout capoeiriste passionné possède au minimum 1 berimbau. L'intérêt soudain des occidentaux pour la capoeira entraîne égalemen

Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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Vendredi 8 septembre 2006


Itaparica

Tour de l'île d'Itaparica, parade de la fête nationale

 



















Sculpture du jardin de la pousada Arco Iris.


Le mardi matin, nous décidons d’abandonner l’idée de visiter Morro de Sao Paolo et Boipeba sur l’Ile de Tinharé. Trop loin et trop fatigant au point où on en est, et, selon Cidinha, beaucoup trop touristique et cartnement moins intéressant que ce que nous avons vu dans le Pernambouco.

















Pousada Arco Iris, notre "Manoir" hanté !
































 

Nous partons donc pour Itaparica. Il pleut encore et encore. Nous embarquons sur un Lancha, petit bateau en bois blanc et bleu. Nous nous éloignons dans la bruine, laissant au loin les immeubles délabrés de la côte de Salvador perdus dans une bien triste brume. On a beau regardé les gens assis autour de nous, personne n’affiche ce fameux sourire béat de bonheur dont on nous a tant parlé ! Les gens sourit ni plus ni moins qu’ailleurs au Brésil quoi !















Pousada Arco Iris.















































Nous avons notre autre appareil photo avec nous, le « pas discret » avec un gros zoom bien voyant et tout et tout… Je rechigne à le sortir de mon sac. Evitons d’attirer l’attention de qui que ce soit. De plus, il n’a pas supporté la chaleur et l’humidité de Belém lui non plus, et depuis, il déraille sacrément. L’obturateur oublie son boulot une fois sur deux.

 



























L’arrivée à Mar Grande, petite bourgade sur l’île d’Itaparica redevient pour nous des plus oppressantes. Une fois de plus, nous sommes les deux seuls touristes « visibles » à poser le pied dans ce nouveau lieu et une nuée de mecs nous tombes dessus : « un taxi ? Un combi ? Une moto ? Une pousada ? Un camping ? Un resto ? Une langouste ???? Je suis l’hoooooomme qu’il vous faut ! ». Au secours… on n’ira effectivement pas à Morro de Sao Paolo. Si ici ce n’est pas touristique comparé à là-bas, qu’est-ce que ça doit être !

 












Pousada Arco Iris.














On a les dents serrées. On n’en peut plus de cet acharnement à la limite du harcèlement que nous vivons depuis Natal, depuis notre arrivée dans le Nordest en fait. Ca nous faisait rire, puis sourire, puis on restait aimable, mais depuis notre arrivée à Salvador, on craque. On fait comme si on n’entendait pas, comme si on ne comprenait pas, mais 2 d’entre eux nous suivent jusqu’à ce qu’on aille dans notre pousada. C’est pesant à un point inimaginable.
















Pousada Arco Iris.






 











Simon répète tout bas : « dégagez, dégagez, dégagez… ».

Les mecs, sûrs d’eux et ne doutant de rien : « N’allez pas là-bas c’est pas bien, y’a des arbres donc des moustiques et nous c’est moins cher, c’est mieux, c’est plus, plus, plus… ».

Je ne réponds pas non plus. A quoi bon, ça ne ferait qu’aggraver notre situation.

 





















Le village de Itaparica.

Simon a encore la force d’être faussement sympathique avec eux, mais moi je ne peux plus. Même si on peut considérer cela comme une différence de culture, je ne sens que de l’irrespect dans leur attitude et j’ai juste envie de leur dire « mais de quoi je me mêle, lâche moi, va-t’en. ». Mais je ne sais pas le dire en Portugais. Et puis comme dirait Simon, ils auraient de toute façon quelque chose à répondre pendant une demi-heure. Ils voient tous qu’on n’a besoin de rien, et ils insistent.

 













Le village de Itaparica.

On arrive là où on avait réservé ce matin avant de partir de l’appart’, à la pousada Arco Iris. C’est une vieille demeure style manoir du 18ème siècle construite au milieu d’une plantation de manguiers. Autrefois, le « Manoir », c’était une fazenda (une « ferme ») de mangues. Impressionnant comme endroit. En entrand dans ces pièces hautes de plafond, on a compris pourquoi on avait mis le pied à Itaparica.

 
















Le village de Itaparica.


Malgré les quelques rayons de soleil qui pointent leur nez, l’endroit est frais, humide et sombre. Les meubles anciens, les tableaux, le vieux toutou Moreno qui sent le chien mouillé et se gratte tout le temps, les propriétaires sortis tout droit d’une autre époque, tout nous plonge dans un film genre « la Famille Adams ». Grrr…

 
















Le village de Itaparica.


On nous installe dans une chambre avec les tuiles apparentes à quelques mètres au-dessus de notre tête, une fenêtre sans vitre, juste avec une persienne à ouvrir et à fermer, une salle de bain des plus rustiques, une moustiquaire au-dessus du lit, une vieille armoire en bois sombre immense et vide.

Nous sommes apparemment les seuls pensionnaires du lieu. C’est effectivement la basse saison.














Le village de Itaparica.

La dame nous présente la maison, le bar et le resto mitoyen dont son frère est le cuisto, le jardin, la terrasse, les chevaux en liberté au milieu des manguiers, les perroquets, les poules, la tortue…















Malgré la pluie, nous partons nous balader dans le village, mais de nouveau une nuée de petits bonshommes brésiliens accourent vers nous « un taxi ? Un taxi ? Un taxi ??? Non ?????????? Ben pourquoi ?». Nous nous enfuyons alors sur la plage où seuls 2 serveurs de restos restent à esquiver mais heureusement, ils nous fichent vite la paix.

 













Le village de Itaparica.


Nous apercevons un couple de touristes tout blanc, réfugiés dans un coin de la plage sur leur paréo, loin des parasols payants où se font bronzer les Brésiliens. Ils ont l’air tout aussi ahuris que nous et regardent le spectacle de la plage avec étonnement : les mecs qui draguent les filles, le muscle bronzé au vent, l’orteil dans l’eau en parlant le plus fort possible de préférence avec des lunettes dont les marques bien chers sont écrites presque en plus grand que la surface des verres. Imaginez Starsky et Hutch aujourd’hui sur une plage au Brésil en train de draguer. C’est à mourir de rire. Et de préférence, avec un tatouage le plus voyant possible et un téléphone chromé qui brille bien au soleil. Salvador est un tout autre monde dans la grande misère brésilienne. Ce ne sont visiblement pas les plus fortunés qui possèdent tous ces apparats malheureusement. Ni les « riches » étrangers comme ils disent.













Le village de Itaparica.


















 

Nous nous baladons le long de la mer sans nous installer, car en réalité, il ne fait pas bien chaud et, si la pluie a enfin cessé, les nuages couvrent sans cesse le soleil. Malgré tout, c’est l »hiver, il ne faut pas l’oublier, et nous sommes sur la plage à pieds nus ! C’est un petit luxe qu’il ne faut pas négliger quand même. Mais aujourdhui, ça ne nous suffit plus. On préfèrerait plus de froid et moins de misère.

 












Le village de Itaparica. Simon.

En fin d’après-midi, à la tombée de la nuit, nous retournons à la pousada, dans le salon du jardin. Nous lisons les journaux, roupillons dans le hamac, jouons aux cartes. Le frère et la sœur qui tiennent ce lieu sont d’une tranquillité et d’un calme olympien.



















Le village de Itaparica.

On les écoute discuter des futures élections avec des amis ou des voisins de passage : « Mais pour qui on va voter ? Lula est corrompu comme les autres… mais qui d’autre ? Ils sont tous menteurs, voleurs, corrompus !!! Il y a Héloïse, mais n’est-elle pas trop radical ? Bon, Lula c’est le moins pire quand même… et c’est surtout le seul à proposer un programme pendant que les autres dénoncent tout et rien, et parlent contre Lula au lieu de parler au nom de leur parti…».

 
















Village d'Itaparica.


Ils tiennent tous les mêmes propos que Cidinha en fait.

 

Le frère du manoir, Godje, presque chauve avec juste une petite queue dans le cou, parle de manière très affectée comme Salvador Dali, il est habillé comme lui (genre short rose fushia et chemise à fleurs rouge). Il assure vraiment, il a la classe et d’un drôle ! Son rire résonne parfois dans le manoir et nous soulève chaque fois de joie ! La sœur zozotte un petit peu. Elle est d’une gentillesse et d’une douceur admirable. Elle nous apporte un café, nous offre des petits gâteaux, on discute de tout et rien. Moreno ne nous lâche pas d’une semaine. On se demande s’il ne voudrait pas nous vendre quelque chose !
 

 












Le village de Itaparica.

Le soir, nous sommes toujours les seuls clients du grand restaurant. Godje le cuisto, nous concocte ses spécialités absolument divines… Il nous montre un livre de de recettes édité aux U.S.A. et réalisé par un type qui a fait le tour du Brésil pour rassembler toutes les recettes de toutes les régions du pays. Deux recettes de Godge y sont, et l’un de ses plats est même en couverture ! Il est fier à point qui fait plaisir à voir.

 












Le village de Itaparica.












Ils s’attablent non loin de nous avec des amis. Nous regardons tous ensemble « Paginas da vida ». Notre Portugais progresse ! Nous comprenons de mieux en mieux et nous nous esclaffons, comme eux, devant les drames insignifiants de tous ces riches gens qui remplissent désormais notre quotidien du soir.

Nous sortons le soir dans la « ville », mais pas un ras, pas une fête, pas même un petit morceau de musique à une terrasse de bar. Rien. Quelque personne sont assises deci-delà, sans même discuter, attendant seulement que le temps passe.

De retour au manoir, seules quelques bougies éclairent notre entrée dans le grand séjour plongée dans la pénombre. Les sculptures de têtes de lion ou de monstres des accoudoirs des fauteuils se dédoublent sur le sol. Nous leur écrasons la tête de nos pas peu fiers. Une fine brise entre par les fenêtre sans vitre et font tinter les grand lustres de cristal au-dessus de nos têtes. Sincèrement, on se croirait dans un film d’horreur pour ados ! En rentrant dans la chambre, nous réveillons une chauve-souris qui y a élu domicile. Dés que nous allumons la lumière, elle vole comme une folle dans tous les sens.

















Le village de Itaparica.


La panique pour nous tous ! Puis elle s’enfuit par le toit de la salle de bain dont la charpente est très espacée du haut du mur. Dans l’après-midi, nous avions déjà éliminé de la surface de la Terre un cafard transgénique géant tout rouge sombre ! Grrr… Enfin, quand je dis « nous », je parle exclusivement de Simon, cela va de soit pour ceux qui me connaissent !!! Depuis que nous sommes au Brésil, Simon, effrayé de rien, s’est transformé en Indiana Jones. Il sort son coupe-coupe dès que je pousse un petit cri proche de l’Ohio ! Le coupe-coupe au Brésil, c’est une tong géante de bonne qualité. Pas trop molle pour les insectes qui ont la carapace dure, et suffisamment grande pour les animaux mutants.

 












Parade nationale à Mar Grande. Ile d'Itaparica.


On s’endort sous notre moustiquaire, dans la tempête qui souffle de plus en plus dans les manguiers de la fazenda. Depuis l’Amazonie, nous n’avions pas ré-entendu ce silence aussi bruyant des animaux de la forêt et des insectes. C’est toujours aussi impressionnant.

 















Parade nationale à Mar Grande. Ile d'Itaparica.


Le lendemain et le surlendemain se déroulent à peu près de la même façon. Il pleut sans cesse. La tempête fait rage et les

Par Virginie et Simon - Publié dans : Itaparica
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Dimanche 3 septembre 2006


Salvador de Bahia

Concert de Tom Zé, balade

 















Depuis notre appartement. Quartier Ondina. Salvador.


Le dimanche, Simon ne veut toujours pas partir. On sait pour en avoir beaucoup discuté avec d’autres touristes que les îles enf ace de Salvador sont touristiques à mort et l’idée de sentir une fois de plus « harcelé » par la mendicité et les ventes « forcées » nous oppressent d’avance. Il est vrai que lorsqu’on vient ici pour quelque temps, ça peut passe. Mais cet état d’esprit typique à la région Nordeste nous insupporte. On ne sait plus trop quoi faire.
















Depuis notre appartement. Quartier Ondina. Salvador.

Cidinha comprend. Coup de chance. Nous ne devions être chez elle que quelques jours et partir visiter toute la région et finalement nous sommes toujours dans ses pattes alors qu’elle est en pleine rédaction de projet universitaire pour le présenter prochainement à l’état de Bahia. Alors, nous lui cuisinons des petits plats français pendant qu’elle bosse, nous regardons la célèbre novela « Paginas da vida » tous les soirs avec elle et finalement, elle semble ravie. Nous aussi. On apprend beaucoup avec cette novela car Cidinha nous explique tout. Notre Portugais progresse.













 Depuis notre appartement. Quartier Ondina. Salvador.


Nous discutons beaucoup du Brésil avec elle. Elle nous avoue qu’il lui a fallu plus d’une année avant d’apprécier Salvador de Bahia, principalement à cause des comportements humains. Elle a la nostalgie du Pernambuco (nous aussi !) et du coup, elle nous explique le fonctionnement et les difficultés de vivre des gens d’ici, afin de comprendre. Pas simple. Rien ne semble simple d’ailleurs ici. Contrairement aux apparences sereines et à l’intonation lente de leur parlé, les gens de Salvador vivent dans un stress énorme qu’ils ne semblent évacuer que par les sorties, les fêtes, la plage et le bronzage. Derrière les sourires, des enfants et des parents qui meurent sans bruit...

 













Communauté" derrière notre condominio. Quartier Ondina. Salvador.


Le soir, Simon souhaite se coucher tôt. Il dort tout le temps. Il n’a pas la force d’affronter la foule. Je ne l’ai jamais vu dans cet état. Il répète sans cesse qu’il a envie d’être à la maison. Qu’il n’en peut plus d’être un touriste. Ce n’est pas du tout dans les habitudes de Simon d’être abattu comme ça.






















Vue sur la ville basse. Salvador de bahia.


Bien au contraire. Il est toujours prêt à faire 10 000 choses, à visiter, marcher, découvrir, sortir des sentiers battus, ne voir que le bon côté des choses, positiver quand les situations se dégradent, et quand le temps se grisaille. Je ne sais que faire pour lui remonter le moral. Et puis on ne raconte rien par email à nos familles, on dit juste qu’on en a marre. Et mon père qui nous répond : « prenez un avion plus tôt car vous fatiguez et quand on fatigue, la vigilance baisse… ». Si il savait à quel point il a vu juste… Mais ils s’inquiètent déjà tous comme ça, ce n’est pas la peine d’en rajouter.
 

 















Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.


Simon, Cidinha et moi, on sent tous que c’est la fatigue et l’accumulation de ces 10 semaines de voyage qui mettent Simon K.O.. Si seulement je pouvais faire comme Ma Sorcière Bien-Aimée, remuer le bout de mon nez et nous télétransporter dans notre lit à la maison… Cidinha me dit de le laisser dormir, que c’est juste de ça dont il a besoin, qu’on a vécu tellement de choses…. Le soir, Simon insiste pour que je sorte avec Cidinha et ses copines. Lui reste à la maison à jouer aux échecs avec l’ordinateur.




















Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia
.

J’accompagne donc Cidinha à un concert donné à Salvador. C’est un concert de Tom Zé. Un type d’une soixantaine d’année très connu au Brésil pour chanter des chansons contre le capitalisme, la pauvreté, la prostitution infantile, l’excision, et contre le machisme brésilien et celui du Nordeste principalement. Dommage que Simon n’aie pas eu l’envie de venir jusqu’ici, ça aurait été pour lui jubilatoire ! 2000 personnes dans les gradins en plein air qui semblent véritablement issues d’un milieu « élitiste », en fait une classe moyenne comme la nôtre je dirais.





















Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.


Des universitaires, des « artistes » principalement. Cidinha et ses amis me traduisent les chansons, m’expliquent. Tout cela se chante dans une bonne humeur extraordinaire, avec une mise en scène équivalente à la Comedia dell’Arte. Sur scène, les femmes choristes ou musiciennes sont vêtues de bleu de travail, les hommes musiciens ou le chanteur comme des clodos. Tout est joué, mimé, raconté par les instruments de musique. Et Tom Zé, quel pêche ! Il se dit clairement « anti-tropicaliste », « anti-pagode » et tout ce que cela peut évoquer et créer dans la société brésilienne.

 













Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.


Je ne suis pas à même de prendre position sur ce point. Mais je trouve son attitude des plus intéressantes. Tout le monde en prend pour son grade, surtout Bush, dans une chanson des plus salées. Et 2000 personnes qui reprennent en cœur le refrain contre Bush ! Il faut toujours un bouc émissaire…

 
















Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.


Dans les très grosses lignes de toutes ses chansons, il dit : sortez de votre petite musique qui vous endort, le sourire béat sans réagir et manifestez votre mécontentement, arrêtez de draguer les filles en crachant, arrêter de croire que les autres pays sont riches et de vous prostituer pour eux, arrêtez de laisser bosser femmes sans rien faire et allez bosser vous-mêmes, etc… ».

Etonnant de voir autant de mecs de tous les âges dans le public applaudir les propos du chanteur. C’est rassurant.

Notre aperçu de Bahia n’est donc pas une idée reçue, une déformation causée par une mauvaise expérience. Malgré tout, n’en faisons pas une généralité. La preuve : ce concert et le public.

 














Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.


Le lundi, je réussis à joindre la TAP et j’apprends qu’il n’y a plus de place, je discute avec Cidinha car il faut trouver une solution. Cidinha a peur qu’il soit en réalité que Simon ait chopé la Dengue car c’est très fréquent par ici et effectivement, il a plein de boutons de moustiques, il a mal partout, est fiévreux depuis 3 jours. On veut cependant partir pour Itaparica, mais Cidinha nous demande d’attendre que Simon aille mieux. S’il ne va pas mieux demain, on ira voir un médecin.

Je propose à Simon d’aller visiter une farmacià de quartier ! OK. On achète une mixture « anti-stress » composée de magnésium, calcium, zinc. Une demi-heure plus tard, Simon va bien mieux. Il sourit de nouveau !

 













Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia.


Simon : on va au cinéma ? On va faire des courses pour rentrer en France ? On mange quoi ce soir ?

Ouf, je le retrouve…

On se promène. On fait quelques achats pour le retour en France et pour le dîner du soir. Dans les supermarchés, on n’en finit pas de s’émerveiller devant autant de produits inconnus, autant de fruits magnifiques, de poissons impressionnants, d’accessoires ménagers étranges ou inhabituels.











Quartier du Pelourinho. Salvador de Bahia
.

C’est en réalité de cela dont Simon a envie : de retrouver une réalité banale du quotidien, autre en tout cas que celle d’un touriste. Il ne veut plus entendre parler de visite tout simplement.










 Vue sur la ville basse. Salvador de Bahia.

On a tous les deux envie de retravailler, de retrouver notre vie. Finalement, on en a marre des cocotiers. Etre avec Cidinha, faire des choses du quotidien avec elle, est ce qui nous plaît le plus.






















Vue sur la baie de Tous les Saints. Salvador de Bahia.


Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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Samedi 2 septembre 2006

Salvador de Bahia

Expo Pierre Verger, cuisine bahianaise, quartier du Pelourinho

 

















Devant la maison de Jorge Amado (en bleu à gauche).
Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

Le jeudi, nous essayons d’occulter les désagréments de la veille. La jeune femme de ménage qui vient tous les jeudis chez Cidinha nettoie la cuisine lorsque nous nous levons. Elle nous dit que Cidinha lui a tout raconté et elle est désolée pour nous. « Un type va venir changer la serrure de la porte d’entrée », dit-elle pour nous rassurer.

Vanià prend cette « agression » presque pour elle, et culpabilise. On comprend car elle vient d’une favela.

Elle nous dit : « là où j’habite, les gens pensent tous que les étrangers ont « L’Argent ». Comment vous vivez en réalité ? ».

 












Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

On lui raconte… c’est indiscutable, on vit mieux qu’eux, surtout socialement parlant. Mais ce voyage par exemple, c’est aussi plusieurs années d’économies. Elle n’en revient pas. On ne vit pas mieux que les Brésiliens qui travaillent et vivent dans les condominios. On parle de l’école qui est obligatoire, du travail des enfants qui est interdit. Et que tout ceci est la condition sine qua non pour que les gens espèrent un avenir meilleur. On lui explique à quel point c’est difficile de trouver du travail en France. Qu’il y a aussi beaucoup de mendicité à Paris, et de violence aussi. Que même en ayant des années d’étude, on n’est pas sûr d’avoir du travail.

Mais rien de comparable à Salvador apparemment.

Vanià, qui n’est allé à l’école que pendant 4 ans, reste bouche bée : « ah bon ? Je n’imaginais pas ça… Pourquoi aller à l’école ?».

 















Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

Nous lui faisons un café. Elle s’active autour de nous, gênée que l’on puisse avoir cette attention à son égard alors que des types d’une favela nous ont dépouillé. Elle est horrifiée par l’amertume de notre café que nous buvons sans sucre et sans lait.

 

 

















Photos de Pierre Verger.

www.pierreverger.org/fr/

















Elle rit : « sans lait et sans sucre ? Beurrrrrrrrck… comment c’est possible de boire sans lait et sans sucre ? ».

Vanià : « c’est la première fois que je bois quelque chose d’étranger et c’est aussi la première fois que des étrangers me parlent et me posent des questions. Les gens qui ne sont pas des favelas ne me parlent pas d’habitude. Sauf Cidinha qui va être la marraine d’un de mes enfants».

Vanià a 26 ans et déjà 5 enfants dont un de 10 ans. Son mari est l’un des gardiens de l’immeuble.
















 
Photos de Pierre Verger.
www.pierreverger.org/fr/


Cidinha revient pendant son heure de déjeuner pour nous emmener à l’expo Pierre Verger, et ce, afin que nous n’ayons pas le bus à prendre pendant 45 minutes. Elle est adorable et incroyablement généreuse. Sa vivacité nous fait un bien fou.




















 Photos de Pierre Verger.
www.pierreverger.org/fr/


Salvador sous la pluie et la grisaille, une purée de pois plombante, pire que la veille. C’est ainsi que nous découvrons la baie de Tous les Saints.

















Photos de Pierre Verger.

www.pierreverger.org/fr/


L’exposition Pierre Verger, organisée par la fondation du même nom, est un véritable joyaux. Un « show » comme dirait Cidinha qui a déjà vu l’expo plusieurs fois. La qualité des tirages photographiques comme l’organisation de l’exposition est passionnante.




 















Photos de Pierre Verger.
www.pierreverger.org/fr/


Pour ceux qui ne le connaissent pas, le reporter photographe français Pierre Verger a vécu 40 ans à Salvador de Bahia. Grâce à ses clichés en noir & blanc, il retrace l’histoire du Brésil, sa culture issue de l’esclavage des peuples africains, ses traditions, ses religions, sa condition. Il brosse le portrait d’hommes et de femmes de la rue, du monde du travail.




















Photos de Pierre Verger.

Le lieu choisi pour cette expo est également de qualité. Le « Solar da Uniaõ » est un ensemble de riches demeures ayant appartenu à une même famille, et donnant sur la baie de tous les Saints. Il y a une chapelle et des senzalas désormais transformées en resto aux spécialités locales particulièrement savoureuses.

 

 

















Photos de Pierre Verger.



Quelle chance d’être tombé sur cette expo ! Le film conçu par Alex Baradel, responsable du service photographique de la fondation Pierre Verger, est une véritable petite merveille. Une succession de cliché projetés sur un immense mur, sont classés selon les divers thèmes abordés dans l’art photographique de Pierre Verger. La bande musicale s’inspire des rythmes issus des sujets photographiés : carnaval, capoeira, candomblé, samba de roda, maracatù, frevò etc… Dommage que ce film ne soit pas en vente. On le verrais bien 100 fois… au moins…

 
















Photos de Pierre Verger.

 




















Mestre Pastinha jouant du berimbau. Photos de Pierre Verger.


Nous nous balladons dans les alentours puis nous reprenons un taxi en fin d’après-midi.

En rentrant, nous discutons encore un peu avec Vanià avant qu’elle ne reparte chez elle. Elle espère nous revoir bientôt… avant notre retour en France. Cela nous touche beaucoup.

 

Le vendredi, nous décidons de nous rendre dans le quartier du Pelourinho. C’est le quartier le plus ancien de Salvador. Toutes les anciennes demeures, les églises sont proprement repeintes. Comme lors de notre 1ère visite, la vie touristique qui s’écoule ici nous stresse un peu. Nous sommes assaillis de toutes parts par des enfants aux bracelets à vendre, des hommes et des femmes avec des colliers de graines qui vous suivent pas à pas jusqu’à ce que vous répondiez 5 fois « Non ». Mais historiquement, le lieu est splendide. Presque trop « propre » même.



 














Maison de Jorge Amado.
Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

Des magasins de capoeira vendent des berimbaus d’une qualité médiocre, armés depuis des lustres et qui ne sonnent déjà plus depuis longtemps. Chaque magasin de souvenirs vend ses abadas (pantalon de capoeira) d’une qualité toute aussi insignifiante. Le prix des livres sur le sujet dépasse celui des ventes sur internet. Les magasins d’artisanat vende quelques objets que nous avons déjà vu dans d’autres région mais à des prix parfois multipliés par 10 ! Il n’y a rien de véritablement local, si ce n’est que les colliers de Saints et les costumes bahiannais.


 















Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

La plupart des académies connues dans le monde de la capoeira ont une enseigne dans deux des rues du Pelourinho. Emily, notre amie canadienne rencontrée à Olinda, nous avait parlé des cours qu’elle avait pris dans l’Académie de Bimba. Nous le constatons facilement car les tarifs sont affichés dans toutes les académies. Tarifs exorbitants (20 reals, soit 8 euros le cours !!!), spéciaux pour les touristes à qui on ne donne pas vraiment les horaires des cours collectifs des gens d’ici. Il faut payer 5 Reais (2 euros !) pour faire une photo, 15 reais pour regarder le « spectacle » où les caméras sont interdites. Nous décidons d’emblée de fuir cette académie et nous nous rendons à l’association brésilienne de capoeira Angola « A.B.C.A ». Normalement, la capoeira Angola qui est la capoeira traditionnelle, prétend encore aujourd’hui divulguer une philosophie fidèle à la mémoire des esclaves et à l’art de la capoeira. En rentrant dans la boutique du rez-de-chaussée de cette association, 2 jeunes gens regardent les novellas de l’après-midi. Malheureusement, ils sont bien incapables de nous répondre sur quoique ce soit. Ils ne connaissent pas ce qu’ils vendent, ils connaissent juste les prix. Au 1er étage, nous entendons un cours de percussions.


 













Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

Nous : « Qu’est-ce que c’est ? Quel type de percussion ? ».

L’un comme l’autre hausse les épaules. Ils ne savent pas.

Ils nous disent de monter pour regarder. Nous y allons. Dans les escaliers, des affiches partout indiquent : interdiction de photographier ou de filmer. Un prof donne un cours de percussions à 3 filles « touristes ». Nous écoutons quelques instants sans oser le déranger. En redescendant, comme nous n’avons pas osé interrompre le cours, avant que nous ne partions, le jeune mec de la boutique monte aussitôt chercher le prof. Celui-ci interrompt illico son cours, descend et nous donne une fiche avec tous les tarifs officiels qui sont en fait les mêmes que ceux qu’Emily nous avait mentionnés de l’Académie de Bimba (qui pratique l’autre type de capoeira, la plus contemporaine qui est appelé la Capoeira Régionale).























Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.


Il nous propose tout ce qu’on veut : batucadas diverses de carnaval, maracatù, percussions de capoeira etc… 20 reais par personne pour 1h30 de cours. Rien que ça ! Et en plus il connaît tous les styles de percussions de toutes les régions ???? Incroyable… On demande à voir. On se contentera des cours à Paris qui coûte moins cher et avec des profs tout aussi Brésiliens qu’eux et surtout plus authentiques finalement. Nous nous étions renseigné à Paris pour une association de Batucada. Cela coûtait 100 euros pour 1 an d’inscription à raison d’un cours par semaine, matériel fourni. Bien évidemment, il est normal de payer, mais il y a des limites dans l’exagération que nous ne souhaitons pas franchir.

Nous disons OK au prof puis nous partons, découragés.

 












Salvador de bahia. Quartier du Pelourinho.

Mais où est-il possible de faire de la capoeira dans cette ville en dehors du Pelourinho ? Loin de tout ce commerce invraisemblable ? Nous l’ignorons.

Je me souviens de plusieurs discussions que j’ai eu avec mon professeur de capoeira, Jorge. Avec son épouse, ils ont emmené plusieurs fois quelques élèves du groupe Beriba Brasil au Brésil (dont moi !) afin de pratiquer la capoeira dans plusieurs groupes et de mieux connaître la culture brésilienne.


 












Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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Mercredi 30 août 2006


Salvador de Bahia

Plages de Barra, dépouillement local, commissariat touristique dans le quartier du Pelourinho

 

















Salvador. Quartier du Pelourinho.

Ce matin, nous avons sorti toutes nos affaires des sacs à dos, histoire de faire le poin sur ce qu’on a amassé depuis toutes ces semaines, et de faire un tri. On s’aperçoit alors qu’il nous manque nos serviettes de toilettes et des fringues données à la dernière lavandaria de Porto de Galinhas. Trop tard pour les réclamer. Comme par hasard, ce sont certaines mes plus jolies fringues, achetées au fil du voyage. Ca m’agace. Que penser ? Tout comme à l’hôtel de Santarêm, où ma petite bague de rien à laquelle j’attachais malgré tout beaucoup d’importance car Simon me l’avait offerte à Ouro Preto, a disparu de la chambre la table de nuit la veille de notre départ. On a vu trop tard qu’il était écrit de ne rien laisser traîner dans les chambres et que la direction ne prenait pas la responsabilité des vols… Et puis on repense également aux tongs de Simon disparues de devant la porte de l’auberge de jeunesse d’Olinda… On se dit sans cesse : on n’a pas été prudent. Mais si quand même. Même si tous ces détails matériels ne sont rien du tout, cela nous fatigue un peu de devoir vivre dans cette attention exagérée de tout.
 

 















Salvador. La Baie de tous les Saints.


Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Simon. Pour l’occasion, il a envie d’une journée tranquille en amoureux en bord de mer. Ré-affronter la foule et la tension de la ville après une dizaine de jours de plages ne nous enchantent pas plus que ça. Nous allons longer la côte à pieds sur 2 km jusqu’au phare du quartier de Barra et nous rendre à l’auberge de jeunesse où se trouve Milton, un Brésilien avec qui nous devons fêter l’anniversaire de Simon ce soir. Aujourd’hui, Milton nous attend.

 













La plage de barra à Salvador.

Vêtus de nos fringues de plage, on embarque nos paréos dans un sac, quelques real (monnaie brésilienne) et notre petit appareil photo discret habituel. On a également notre Guide du Routard, histoire de lire à l’ombre d’un parasol le programme des jours à venir dans les îles de la Baie de tous les Saints.

Mais aujourd’hui, les Saints locaux ne sont pas avec nous.

1h00 après le commencement de notre marche le long de l’esplanade, à regarder les vagues s’écraser sur les rochers sombres de la côte, deux jeunes mecs en bermudas arrivent franco en sens inverse de nous. L’un d’eux arrache de toutes ses forces la pochette toute fine pourtant camouflée sous le tee-shirt de Simon. Simon qui comprend tout de suite ce qu’il se passe veut enlever la ceinture de la pochette pour la lui donner mais le mec, super nerveux, arrache tout. L’autre chope mon appareil photo niché discrètement au fond d’une poche. J’essaie spontanément de l’empêcher de mettre la main dans ma poche, mais il essaie de me mettre les deux doigts dans les yeux pour me paralyser.






















Centre de Salvador. Ville basse.


J’ai mes lunettes de soleil pour me protéger. Je réalise d’un coup que nous sommes en train de nous faire dépouiller et je lui donne l’appareil photo car il s’énerve. On ne sait jamais, il pourrait être armé. L’un d’eux revient sur ses pas et me fait signe de lui donner mon sac de plage. L’autre mec tâte toutes les poches du bermuda de Simon. Un 3ème mec qu’on n’avait pas vu avant les presse et leur dit de se dépêcher. Ils s’enfuient alors en courant à toute vitesse.












La baie de Tous les Saints.

 

On ne sait pas si c’est nous ou eux les plus terrifiés, eux certainement par peur d’être identifiés ou nous par la peur de se faire zigouiller comme ce fameux touriste portugais il y a 15 jours à Rio de Janeiro, mais on se sent d’un coup complètement désemparés, nus, vidés.

Quelques mètres plus loin, un groupe d’une douzaine de mecs dont sont issus les deux voleurs, nous regardent en se marrant. On a la haine. Véritablement. De loin, on les voyait pensant que c’était des gens du coin qui se baladaient comme nous, comme sur les autres plages qu’on venait de longer d’ailleurs. J’ai les jambes qui tremblent. L’un d’eux a un pitbull. On ne la ramène pas. On trace notre chemin car on réalise alors qu’il n’y a personne d’autre sur ce chemin à par eux et nous.


















Ascenseur qui relie la ville basse à la ville haute.


Simon me dit d’un ton blasé : « honnêtement, on savait que ça nous arriverait au moins une fois. On avait acheté cet appareil photos pour ça ».

Oui, c’est vrai qu’on a nos assurances, les factures à Paris, donc ça c’est pas grave. Mais les mecs ont aussi la clé de l’appart de Cidinha et son adresse qu’elle nous avait donné sur un morceau de papier avec ses numéros de téléphones.

 











Le Mercado Modelo à Salvador.

On remonte l’esplanade jusqu’à un poste de police planqué dans une caravane. Les flics nous demandent illico si ils étaient armés. Comme on dit non, ils n’ont pas l’air contrarié plus que ça alors que nous, on a les jambes coupées. Ils appellent une voiture de patrouille qui après notre rapide description du lieu et des mecs, y part aussitôt. Les 2 flics de la caravane nous disent que cela fait plusieurs fois que ça arrive cette semaine sur cette esplanade. Néanmoins, personne ne surveillait le chemin du bord de mer. Et eux restent tranquillement planqué, dos aux plages du crime, à regarder le journal. Nous sommes surtout inquiets à l’idée qu’ils puissent se rendre à l’appartement de Cidinha. Elle habite elle aussi dans un condominio (cité d’immeubles fermés et surveillés). On leur demande que l’un d’eux aille prévenir le gardien du condominio car Cidinha travaille et nous ne connaissons pas son numéro de téléphone par cœur.

Le flic : « oui oui oui… on va faire ça, vous en faites pas… ».

 












Salvador. La baie de tous les Saints.

Une bonne demi-heure plus tard, une deuxième voiture de police arrive tranquillement pour nous emmener au poste de police central afin que nous puissions déposer notre plainte. Nous sommes dans la voiture avec les flics qui roulent au pas, les fenêtres grandes ouvertes pour prendre le soleil. On demande confirmation au sujet de si quelqu’un est allé à l’appartement de Cidinha.

Un autre flic : « pour quoi faire ? ».

Zut, cela signifie donc qu’ils n’y sont pas encore allés.

On ré-explique pour la quatrième fois au moins.

L’autre flic : « oui oui oui… on va le faire… ».

Nous : « ah parce que ce n’est pas encore fait alors qu’on était à 2 min en voiture à peine de l’appartement ? »

Le flic : « vous z’en faites pas… y’a quelqu’un qui y est déjà… ».

Comment les croire… .

 
















Bordure d'une route principale à Salvador.


Notre voiture patrouille dans le quartier en nous demandant sans cesse dés qu’on voit des jeunes mecs : « c’est eux ? c’est eux ? ».

Comme si les mecs allaient se balader tranquillement le long de l’esplanade avec notre sac de plage en bandoulière et le paréo autour des fesses…

Nous traversons des quartiers d’une grande pauvreté, pourtant pas des favelas. Il y a beaucoup de monde partout. Une circulation d’une densité étouffante. Sur le chemin qui mène au poste de police, un type paniqué arrête notre voiture et dit aux flics que deux femmes viennent de se faire voler leurs affaires dans un marché juste derrière. Les 2 flics stoppent tranquillement leur voiture en ricanant et partent comme ça en laissant tout ouvert, avec nous dedans au beau milieu de l’avenue et un embouteillage qui ne tarde pas à se former.

Ils reviennent et appellent une autre voiture de police. Ils se marrent en parlant de ce qui vient de se passer et nous disent que c’est tout le temps comme ça à Salvador. Charmant.

On arrive dans le quartier du Pelourinho, le quartier historique de Salvador. C’est joli, mais on s’en fout complètement. On est encore sous le choc. Malgré nos mâchoires littéralement cimentées, les 2 flics essaient du mieux qu’ils peuvent de détendre l’atmosphère.

Les flics : « Alors ici vous voyez, c’est l’église machin, et là c’est la maison machin chose, et juste derrière, y’a aussi l’église bidule… c’est beau hein ? ».

 




















Quartier du Pelourinho. Salvador.


On entre dans un bureau de police touristique en plein cœur du Pelourinho. Un type prend notre déposition. Les mêmes questions reviennent sans cesse : « la couleur des mecs, leur âge, est-ce qu’ils avaient une arme ». Tout le monde a l’air presque étonné qu’ils soient sans armes et majeurs.

Un flic : « Bah c’était des amateurs alors ! ».

Nous : « en tout cas ils avaient au moins  20 ans ».

Le flic : « Couleur de peau ? »

Nous : « Noire ».

Alors le flic a l’air de nous dire qu’on aurait donc dû se méfier.

Nous : « Mais la population est black ici, même vous ! ».

 












Quartier du Pelourinho. Salvador.


Les flics sourient. C’est la réalité ! Les flics sont presque tous blacks. C’est la population même de Salvador ! On ne peut pas virer facho sous prétexte qu’on vient de se faire dépouiller par une bande de crétins quand même !

 

On demande une fois de plus si l’un d’eux est allé chez Cidinha. Cela nous obsède.

Un flic qui parle couramment français arrive et discute avec nous. Cela nous fait un bien fou. Il est actuellement midi. Nous sommes juste les 3ème depuis ce matin rien que dans leur district, et ils ne comptent pas ceux de cette nuit et c’est comme ça TOUS-LES-JOURS !!!! Visiblement, les autres avaient des armes, pas les nôtres. Le flic bilingue nous explique que les mecs ont super peur de se faire chopper et ne s’aventureront jamais dans un complexe d’immeubles protégés par de multiples gardiens et de caméras de surveillance. Le cas type de ce qui vient de nous arriver, est que les mecs vont se débarrasser de nos affaires dans la mer et revendre l’appareil photo l’équivalent de 10 ou 20 euros pour s’acheter de la drogue. La drogue semble être à Salvador une véritable plaie. C’est pas cher de ce qu’ils nous disent, c’est facile à trouver. On n’avait aucun papier d’identité. Donc le flic insiste : « tout va bien. Ce n’est que matériel. » Il a raison.

 














Quartier du Pelourinho. Salvador.


Un autre flic note discrètement les infos qu’on vient de donner pour la énième fois sur les mecs et part avec son petit carnet.

Il faut désormais qu’on attende que le commissaire aie finit de déjeuner pour refaire une autre déposition qui va valider celle-ci. C’est « Brazil » de Terry Gilliam ou quoi là ?

 

Pendant deux heures où on nous laisse dans un coin sans un verre d’eau ni rien, les flics nous répètent que le commissaire est en train d’arriver, qu’ils l’ont prévenu de revenir au plus vite.

Nous avons le temps d’assister à une reconnaissance d’agresseur. Une dame visiblement assez pauvre vient avec sa fille enceinte. Elle s’est faite séquestrée chez elle et un type a tout volé dans la maison. Les flics l’emmènent pour la reconnaissance. Elle revient 1 minute plus tard, en larmes, angoissée : « C’est un monstre ! C’est lui !!!! Il ne mérite pas de vivre sur cette Terre ! »

Les flics sont blasés, sans états d’âme. Ils tapotent sur leur clavier, inlassablement. Une jeune femme armée d’un appareil dentaire énorme entre en souriant dans le commissariat et embrasse tout le monde, rigole et chicane avec les uns et les autres. On comprend que c’est elle « le commissaire »… Tout le monde nous regarde d’un air gêné car elle nous dit : « Ca fait longtemps que vous attendez ? Je n’étais pas au courant…  Désolée ! ».

On passe dans un autre bureau et on recommence la déposition, la couleur, les armes, l’âge...

 
Peintre de rue. Pelourinho à Salvador.


La fille est en réalité vachement sympa. Elle semble véritablement désespérée pour nous. Elle s’est déjà fait dépouillée elle aussi alors qu’elle n’était pas en train de travailler et sait ce que c’est, et ce même si il n’y a pas eu de violence. La violence ici reste sous-jacente et palpable partout. Elle nous dit que le tourisme de Salvador baisse beaucoup à cause de la violence, des attaques, des vols, des dépouillements. Elle nous raconte qu’ils sont débordés de boulot ! Que les gens se font voler en plein jour, au milieu de la foule même ! Cela l’afflige.

La flic : « Mais qu’est-ce qu’on va devenir sans tourisme ? On a du mal nous la police à bien faire notre travail ici… on essaie, mais c’est dur. Tout le monde sait où se déroulent les trafics de drogue, mais on n’arrive jamais à les coincer. Ils nous connaissent tous, dés leur plus jeune âge. J’ai pourtant essayé de me changer de couleur de cheveux et de coupe, mais ils me reconnaissent quand même ! Pourtant, l’autre jour, il y a un gamin dans la rue qui a voulu me vendre un flingue 200 reais alors qu’on a les mêmes ici à 2000 reais ! Il ne savait pas qui j’étais… Ahalalalaa, dit-elle. Vaut mieux en rire ! En attendant… qu’est-ce qu’on va devenir sans le tourisme à Salvador !?! ».

 
















Quartier du Pelourinho. Salvador.


Comme on discute avec elle de la condition de vie des pauvres au Brésil, de la pauvreté morale comme matériel, qu’on lui dit que ces gens ont une fausse image de la « richesse » occidentale et surtout européenne, que tout le monde croit ici que parce qu’on est français ou allemand qu’on est super riche alors que c’est faux, elle en arrive à nous demander ce qu’il s’est passé en France avec les voitures brûlées. En effet, depuis que l’on est au Brésil, les 3 questions principales sont : Zidane, c’est comment la neige et les voitures brûlées. Comme aux autres, on raconte à la flic que tout a été largement envenimé par les médias car nous à Paris on ne s’est pas rendu compte de grand chose. Mais on lui dit aussi que, même si on est contre ce genre de réaction destructrice et stérile, on comprend qu’une catégorie de gens à qui l’on n’offre socialement aucune possibilité de s’en sortir, se révolte de manière aussi désespérée. C’est déjà dur pour nous, alors quand on est une personne de couleur, en France actuellement, et qu’on habite en périphérie de Paris, c’est épouvantable.

 











Depuis la ville haute, vue sur le port industrielle de la ville basse.
Salvador.


Elle nous dit que le sujet d’examen de l’université de police de cette année était : « Que pensez-vous des voitures brûlées en France ? ».

Elle comprend ce qu’on lui dit. On se rend compte, tout comme elle, que l’origine de cette forme de violence est en effet la même, mais que malheureusement elle n’est jamais dirigée vers les personnes concernées. Les banlieues de Paris se retrouvent alors, dans cette conversation, assimilée à une vaste favela. On parque les gens. On ne leur donne aucun moyen de s’en sortir. La violence devient malheureusement le langage des plus démunis. L’école le lieu de crime et de violence qui empêche certaines familles à scolariser leurs enfants, et ici à Salvador, surtout les filles.

N’empêche, qu’on se serait bien passé de ce que nous venons de subir.

 

Cela nous a soulagé de discuter avec elle.

 















Quartier du Pelourinho. Salvador.

Au sujet de l’appart’ de Cidinha, elle appelle aussitôt un mec petit et menu d’une trentaine d’années, habillée de manière totalement insignifiante, qui entre dans le bureau.

La flic : Viens ici gamin. Vous voyez ce gamin ? C’est notre détective privé. Il va se charger de contacter le gardien de l’immeuble.

Dix minutes plus tard, « le gamin » a déjà prévenu le gardien et le responsable de l’immeuble. Il appelle Simon et lui passe le téléphone pour qu’il parle avec le gardien.

Le gardien et le responsable du condominio où vit Cidinha disent que le « gamin » vient de tout leur raconter et qu’ils vont joindre Cindinha à l’université où elle bosse pour la prévenir.

 

La flic : « A partir de maintenant, votre plainte est enregistrée. Vous pouvez téléphoner d’ici à vos familles en France si vous voulez. 

Nous : Non, on leur racontera à notre retour, on ne veut pas les contrarier pour rien. Ca ne changera rien de leur dire maintenant.

La flic : Vous pouvez revenir sur votre décision… c’est comme vous voulez. Vous voulez qu’on vous ramène à l’appartement ?

Nous : On n’a plus les clés.

La flic éclate de rire : Beh oui j’avais déjà oubliéééééé !!!!!!!! Ahahahahaha ! Vous savez vous déplacer dans Salvador ? Vous monsieur vous savez, non quand même ?

Nous : Non, on vient d’arriver… mais on va se balader dans le quartier et prendre un taxi à 17h00 avant la nuit, Cidinha finit ses cours à 17h30.

 

















Salvador. Le long des plages.


Simon a sauvé 50 reais (18 euros) dans l’une des poches « d’aventurier » de son bermuda.

La flic : Attention quand même, ici, c’est le quartier le plus beau mais aussi le pire de la ville en pick-pochets. La foule n’effraie pas les gamins.

 

On sort dans le quartier du Pelourinho. On regarde sans regarder, on est abattu et on n’arrête pas de se remémorer la scène sans comprendre pourquoi on n’a pas su l’éviter avec toutes les précautions qu’on prend depuis le début. Il était pourtant écrit dans le Guide de Routard qu’il n’y avait aucun danger sur cette esplanade, et Cidinha nous avait dit la même chose. Mais les flics de la caravane nous ont bien dit que ces mecs sévissaient là depuis une semaine seulement.

 

Dans les rues du Pelourinho, on croise des quantités de touristes avec un appareil photos énorme autour du cou ou une caméra numérique géante, avec des marques mondialement connues qui éclatent de mille feu sous le soleil, un sac à dos « I love Salvador », une casquette locale, une canne vernis et tout ce qu’il faut pour se faire repérer… pourquoi nous ? Les flics nous l’ont dit : on est blanc. Oui, mais les autres touristes aussi bon sang.

L’ambiance n’est pas très agréable ici. Il n’y a pas de vie « locale », sic e n’est que la mendicité. C’est magnifique, certes, mais que de touristes, et tout le bas des monuments historiques n’est qu’une succession de magasins de souvenirs, d’instruments de musique de très mauvaise qualité. Des dessinateurs vous suivent à la trace et lorsqu’ils comprennent que l’on parle portugais, on est « mort ». Ils ne nous lâchent plus d’une semelle. Des gamins vous sautent dessus toutes les 2 minutes et tentent de vous enfiler un bracelet « cadeau » comme ils disent, dans le but ensuite de vous le faire payer. Notre prof de capoeira Jorge, Brésilien de Belo Horizonte, black bien comme il faut, s’était fait fortement enquiquiner par un gamin qui lui avait mis ce bracelet et qui voulait ensuite lui extorquer de l’argent disant que c’était lui qui avait voulu acheter ce bracelet.
 

 













Centre de Salvador. Ville basse.


Nous pensons au prof de capoeira de Simon, Branco, originaire de Salvador qui vit désormais à Nantes, et qui nous avait envoyé un email avant notre départ disant : « embrassez pour moi la terre où je suis né ». On y a fortement pensé jusqu’à notre arrivée. Mais comment embrassez une terre qui vous dépouille dès que vous êtes un semblant de Gringo, comme on dit ici ?

Afin de se retrouver entre Gringos, nous allons nous nourrir d’une petite salade dans le snack situé au rez-de-chaussée d’une auberge de jeunesse du quartier. On regarde, l’air hébété, le va et vient incessant des touristes et des gamins. Bizarrement, on ne trouve pas l’ambiance joyeuse du tout. Les gens du quartier ne sont pas gais et avenants comme ça a été le cas dans les villes précédentes. Mais c’est sûrement nous qui ne sommes plus très objectifs. En plus, le soleil est très vite tombé pour laisser place à un temps des plus maussade, limite pluvieux.

 

Le soir, nous racontons ce qu’il s’est passé à Cidinha. Première question : « ils étaient armés ? ». Non, donc pas de soucis, tout va bien. Elle culpabilise pour nous avoir dit qu’il n’y avait aucun problème sur cette esplanade, mais comment tout prévoir ? Nous discutons beaucoup avec elle, de la pauvreté qui engendre cette violence. Elle confirme ce que nous avions lu dans Veja : à peine 30% de la population brésilienne est couramment alphabétisée. Et c’est ce manque de scolarisation qui fait que ces gens n’évoluent pas et c’est aussi ce qui provoque cette délinquance.

Il est désormais trop tard pour aller chercher Milton. Quel dommage. Nous n’avons pas ses coordonnées au Brésil.

 















Salvador. Quartier du Pelourinho.


Nous partons tous les 3 dans un resto traditionnel pour essayer de retrouver le sourire pour l’anniversaire de Simon. Cidinha a une pêche d’enfer. Elle nous parle beaucoup, trop, car on ne comprend pas tout, elle fait des singeries à n’en plus finir sûrement dans le secret espoir de nous faire rire. Nous dégustons tant bien que mal plein de bons plats bahianais. Nous lui demandons si elle s’est déjà fait agressée elle aussi. Elle

Par Virginie et Simon - Publié dans : Salvador de Bahia
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